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Cameroun: la culture des hévéas menace les pygmées et la forêt, selon Greenpeace

Par Catherine Le Brech@GeopolisAfrique | Publié le 29/07/2018 à 09H45, mis à jour le 29/07/2018 à 10H58

Village pygmée dans forêt tropicale Cameroun 26 mai 2017
Village pygmée dans la forêt tropicale du Cameroun, le 26 mai 2017. © NABILA EL HADAD / AFP

«Destruction de l’habitat de populations de grands singes et d’éléphants, menace pour un site du patrimoine mondial de l’Unesco, déplacements de populations sans indemnisation adéquate»… Greenpeace a dénoncé le 25 juillet 2018 les ravages sur l'environnement et les populations pygmées causés par une plantation d'hévéas, exploitée dans le sud du Cameroun par une filiale de la société Halcyon Agri.


«Greenpeace Africa exhorte Halcyon Agri à stopper la destruction des moyens de subsistance des communautés et la biodiversité au Cameroun», a indiqué l’ONG dans un communiqué transmis à l’AFP.
 
En effet, selon le rapport de Greenpeace Africa, Sudcam, filiale locale du géant mondial du caoutchouc basé à Singapour, «est responsable de la nouvelle série de défrichages la plus dévastatrice de l'agriculture industrielle dans le bassin du Congo».
 
La société y a en effet défriché entre 2011 et 2018 quelque 10.000 hectares de forêt tropicale pour y planter des hévéas.
 
L’ONG évoque une menace pour l’environnement, car «les concessions de Sudcam sont situées dans la périphérie de la réserve faunique du Dja, site inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 1987 en raison de sa valeur universelle exceptionnelle en matière de biodiversité végétale et faunique».

Des villages détruits
L'Unesco avait déjà pointé Sudcam «comme étant une nouvelle menace sérieuse pour la réserve faunique du Dja», rappelle Greenpeace, selon qui la réserve n'est plus séparée des plantations d’hévéas que par 100 à 200 mètres.
 
«La forêt du bassin du Congo, considérée comme le deuxième poumon de la planète après l’Amazonie, est aussi le refuge et l’habitat de plusieurs ethnies pygmées, dont les Bakas du Cameroun», écrivait il y a un an Géopolis.
 
En juin 2017, ces mêmes Bakas, qui sont des populations ostracisées et maltraitées, ont raconté à Greenpeace la nature de leurs préjudices: leurs villages ont été «complètement détruits et les villageois forcés de partir sans qu’on leur propose ni plan de réinstallation ni indemnisation».
 
Des faits qui constituent une violation de l’article 10 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, selon l’ONG.
 
En réponse, Halcyon Agri a déclaré en avril 2018 que les indemnisations avaient été «calculées en fonction d’une grille d’évaluation établie par le gouvernement et versées directement aux bénéficiaires, après approbation» des autorités locales.

Forêt au Cameroun
Forêt au Cameroun © Michael Runkel / Robert Harding Premium / robertharding
 
Des zones d'ombre
Au Cameroun, où le secteur agricole représente quelque 15% du PIB, la législation «n’oblige pas de compensation pour toutes les pertes résultant de la dépossession de terres. Les textes ne prévoient que la protection et l’indemnisation de la propriété privée de terres, une situation rare chez les populations rurales», prévient Greenpeace Africa.
 
Dès 2011, la société Sudcam s’était vu accorder par le gouvernement camerounais de nombreux avantages pour développer leur projet de production d’hévéas à grande échelle.
 
Mais l’accord entre les parties, qui court sur une période de 50 ans renouvelable par tranche de 25 ans, comporte, selon Greenpeace, des zones d’ombre. Ainsi, «un membre influent de l'élite politique camerounaise détient 20% de Sudcam et la société se trouve à proximité de la maison du président du Cameroun Paul Biya». Ce dernier aurait lui-même des intérêts dans cette entreprise, selon des affirmations d’ONG locales, rapportées par l’AFP.
 
Depuis l’été 2017, la déforestation s’est accélérée dans cette zone pour atteindre un rythme de près de 10 terrains de football par jour. Si Sudcam continue à mener ses activités tambour battant, 20.000 hectares supplémentaires de forêt disparaîtront dans les prochaines années, met en garde Greenpeace Africa dans son rapport.