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Centrafrique: la mortalité infantile et néonatale explose

Par Dominique Cettour-Rose (avec AFP).@GeopolisAfrique | Publié le 21/02/2018 à 13H51

Le 14 février 2018 mères attendent à maternité Boali Centrafrique.
L'attente des mère pour peser leur enfant à la maternité de Boali (Centrafrique) qui a un seul médecin et n'a pas l'eau courante. © FLORENT VERGNES / AFP

L'Unicef tire la la sonnette d'alarme sur le risque de mort prématurée des nourrissons dans les pays pauvres, notamment sur le continent africain. Le deuxième pire taux de mortalité néonatale au monde est recensé en Centrafrique, où un enfant sur 24 meurt durant son premier mois de vie, souligne l'agence onusienne dans un rapport publié le 20 février 2018.


Le Dr N-Eloi Mboufoungou est le seul médecin-généraliste à consulter à la maternité de Boali, sous-préfecture centrafricaine où vivent un peu plus de 33.000 habitants. Difficile dans ces conditions d'assurer un suivi médical des femmes enceintes ou des nourrissons. «Les femmes viennent faire une consultation pour leur première grossesse, puis elles disparaissent souvent dans la nature», constate ce médecin assisté par 25 agents de santé dont 9 seulement sont qualifiés.

Cette faible fréquentation des maternités se confirme à l'échelle du pays: en ville, une femme sur deux bénéficie d'au moins une consultation prénatale alors qu'en milieu rural, la proportion tombe à un quart, selon l'Unicef.

En Centrafrique, le coût des soins et des médicaments sont à la charge du patient. Et pour accoucher, il faut débourser 1.000 francs CFA (1,5 euros) alors que 76% de la population vit dans une extrême pauvreté, soit avec moins de 1,9 dollars (1,5 euros) par jour, selon la Banque mondiale.
 
Cette mortalité infantile pourrait être évitée
Alors que la santé des enfants plus âgés s'améliore depuis 25 ans en Afrique, quelque 2,6 millions de nourissons de moins d'un mois meurent encore chaque année dont un million succombent dès leur naissance. Ces décès prématurés s'expliquent par la pauvreté, les conflits ou la fragilité des institutions. Ils pourraient être évités, estime Henrietta Fore, directrice générale de l'Unicef, si ces bébés avaient accès à des soins de santé abordables et de qualité, ainsi qu'à une nutrition correcte et à de l’eau potable.

L'agence onusienne souligne dans son rapport que dans un même pays, les bébés issus de familles pauvres ont en moyenne 40% plus de risques de mourir dès le premier mois.

Huit des dix pays les plus à risques recensés se situent en Afrique sub-saharienne. Outre la Centrafrique, où un enfant sur vingt-quatre meurt dès le premier mois, selon le classement de l'Unicef, arrivent juste après la Somalie, le Lesotho, la Guinée-Bissau, le Soudan du Sud (1 sur 26), puis la Côte d'Ivoire (1 sur 27) et enfin le Mali et le Tchad (1 sur 28).

Le manque de moyens pèse sur la mortalité
La République de Centrafrique qui compte 4,5 millions d'habitants ne dispose que de cinq pédiatres, sept gynécologues-obstétriciens et environ trois cents sage-femmes. Ces professionnels sont regroupés dans le service pédiatrique de l'hôpital de Bangui, le seul du pays à être équipé de couveuses. Mais les équipements restent insuffisants, constate le professeur Jean-Chrysostome Gody, du complexe pédiatrique banguissois. Pour «les grand prématurés, nous avons très peu de moyen, sinon aucun», explique-t-il, ajoutant que «ce peu de moyens pèse énormément dans la mortalité».


Le manque de personnel de santé qualifié est le principal problème des pays pauvres. La Norvège compte dix-huit médecins, infirmières ou sages-femmes pour 10.000 habitants en 2018, contre un seul en Somalie, souligne le rapport. «Il est crucial d'investir de l'argent de la bonne façon», assure à l'AFP Willibald Zeck, chef du programme mondial maternel et néonatal de l'Unicef. 

Baisse de la mortalité néonatale rwandaise 
Le modèle rwandais est salué dans le rapport pour son taux de mortalité néonatale qui a diminué de moitié entre 1990 et 2016 (de 41 à 17 pour 1.000). Le gouvernement «a en effet joué un rôle actif dans la mise en œuvre d'un régime d'assurance national qui a bénéficié aux mères les plus pauvres et les plus vulnérables», selon l'Unicef.