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Centrafrique : une économie au fond du gouffre

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 24/10/2017 à 12H08, mis à jour le 24/10/2017 à 12H16

Zébus marchant dans marché entièrement vide à Bangui 2 décembre 2015
Zébus marchant dans un marché entièrement vide à Bangui, capitale de la Centrafrique, le 2 décembre 2015 © CRÉDITMARCO LONGARI / AFP

L'économie de la Centrafrique, où se rend le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres le 24 octobre 2017, est exsangue, après quatre années de violence. Etat des lieux.

En 2017, la Centrafrique devrait connaître une croissance de son PIB de 4,5%, après 4,7% en 2016, rapporte le FMI. Pour autant, selon la Banque Mondiale, plus de 75% des 4,7 millions d’habitants sont dans une situation d’extrême pauvreté, plus d’un quart a fui les violences entre milices rivales. Et le pays est classé dernier (188e) en ce qui concerne son Indice de développement humain (IDH) par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Un pays riche en matières premières
Potentiellement, le pays est riche en matières premières (uranium, diamants, or, bois…) et en produits agricoles (coton, café, tabac, huile de palme…). L’agriculture reste apparemment le principal secteur de cette économie : elle emploie près de 75% de la population et représentait en 2014 plus de 58% du PIB. 

La Centrafrique n’en reste pas moins très dépendante de l’aide internationale : en novembre 2016, elle s’est vue promettre plus de 2,2 milliards de dollars sur trois ans lors d’une conférence de donateurs à Bruxelles. En juillet de la même année, le FMI avait approuvé un plan d’aide, là encore sur trois ans, d’une valeur équivalant au PIB du pays (1,584 milliards de dollars en 2015).

Une économie entièrement à reconstruire
De plus, après quatre années de violences (depuis le renversement du président François Bozizé en 2013), l’économie, dévastée, est entièrement à reconstruire. Un objectif qui reste un vœu pieux tant que durent les heurts entre groupes armés rivaux. Ceux-ci s’affrontement notamment pour le contrôle des zones minières. «Des coupeurs de route et d’autres individus armés sévissent également en établissant des barrières illégales pour collecter des taxes auprès des commerçants ou en s’opposant aux éleveurs pour les dépouiller de leur bétail», observe un document de la Banque africaine de développement.  

Les violences «empêchent le développement du secteur privé et minent les bases de l’industrialisation et du développement du pays. Elles présentent un environnement à très haut risque, au point que même les nationaux s’abstiennent d’investir. Ce contexte défavorable a tendance à encourager l’expansion des activités entrepreneuriales ‘‘destructrices’’, sur fond de développement du trafic et de fraude, notamment dans le secteur des ressources naturelles», poursuit le document.

«En plus de la perspective de la disparition de ses entreprises», la République centrafricaine «fait face à la désindustrialisation et à une paupérisation de sa population». Et la Banque africaine de développement de conclure : «Le processus ne peut être inversé qu’avec», notamment, «une politique de retour à une sécurité durable et avec la mise en oeuvre des réformes adéquates».