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Tunisie,  Afrique

Cet hôtel va-t-il symboliser le redémarrage du tourisme tunisien?

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 23/04/2017 à 13H59, mis à jour le 23/04/2017 à 16H16

Hôtel Kantaoui Bay sa propriétaire Zohra Driss
Hôtel Kantaoui Bay et sa propriétaire, Zohra Driss. C'est dans cet hôtel, alors appelé Imperial Marhaba, qu'eut lieu l'attentat de 2015 qui causa la mort de 38 touristes. 

Il y a deux ans, cet hôtel s'appelait l'Imperial Marhaba. Le 26 juin 2015, sur la plage et à l'intérieur de cet établissement, un jeune Tunisien ouvrait le feu sur des touristes étrangers tuant 38 d'entre eux, dont 30 Britanniques. Le 18 avril, cet hôtel a rouvert avec un nouveau nom, le Kantaoui Bay. Va-t-il être le symbole de la reprise du tourisme dans une Tunisie apaisée ?


Des touristes bronzent près de la piscine tandis que des jardiniers plantent des fleurs: près de deux ans après un attentat djihadiste sanglant, la vie a repris sous un déjà chaud soleil dans un hôtel de la côte tunisienne, à Port el Kantaoui, près de Sousse.

Le drame de 2015 semble lointain. Après cette année noire, avec l’attentat du Bardo (qui avait fait 21 morts) et celui de l'hôtel de Port el Kantaoui, le tourisme tunisien, secteur clé de l’économie nationale, était touché au cœur et les images de plages désertes et d’hôtels vides se succédaient dans les médias. 

Aujourd’’hui, c’est cet hôtel qui rouvre. Sous un autre nom. Le «Kantaoui Bay» veut être le symbole de la renaissance espérée d'un tourisme tunisien laminé par les attentats de 2015.
 
«On n'oublie pas. Le jour de l'ouverture, j'ai eu une pensée très forte pour les victimes et les familles», a déclaré à l'AFP la propriétaire de l'hôtel (fermé pendant deux ans), Zohra Driss, par ailleurs députée au parlement tunisien .

 
Mme Driss indique avoir dépensé près de six millions de dinars (2,2 millions d'euros) pour la renaissance de son hôtel. «Nous avons presque tout changé: les couleurs, les meubles, la décoration, le jardin». Le gestionnaire, la chaîne espagnole Riu, ont été remplacé par le groupe allemand Steigenberger.
           
Malgré la crise traversée, aucun des quelque 200 employés n'a été licencié, selon le directeur général Ramzi Kessissa. «Tous les employés sont heureux de reprendre. Ce qui nous lie à cet hôtel, c'est plus qu'une simple relation de travail», précise Zaghouani, chargé des jardins depuis 23 ans.

Retour des touristes
«En ce début d'année 2017, les chiffres annoncent pourtant une relance du tourisme. Entre le 1er et le 20 mars, les entrées de visiteurs en Tunisie ont augmenté de 32 % par rapport à 2016. Les arrivées des Européens sont en hausse de 22 %», note Le Figaro.

Pour Mouna Ben Halima, secrétaire générale adjointe de la Fédération tunisienne de l'hôtellerie (FTH), «c'est une bonne nouvelle, cela montre que l'on redémarre». «Au 31 mars, on a 73.000 visiteurs français, soit 35 % de plus qu'en 2016. Mais par rapport à 2014, on est 23 % en deçà… Alors oui, c'est une bonne nouvelle, mais ce n'est pas la joie», note la Fédération tunisienne des agences de voyages et de tourisme (FTAV).

Les clients «constatent que la situation est apaisée en Tunisie, et surtout à Djerba, que la sécurité est renforcée et aussi que la Tunisie n'est pas le seul pays qui a été touché par le terrorisme», note un professionnel qui se veut optimiste pour la saison 2017. Néanmoins, le retour aux années fastes ne semble pas encore d'actualité. Les touristes qui sont venus ont été attirés par des prix très bas ce qui rend la rentablilité des installations délicates surtout que de gros investissements liés à la sécurité ont été entrepris. Mais le bouche-à-oreille positif de ceux qui reviennent de Tunisie pourrait inciter les touristes à revenir, espère un tour-opérateur.

Un procès en mai
Le procès relatif à l'attentat de juin 2015, dans lequel 38 touristes étrangers avaient été tués, s'ouvrira le 26 mai devant un tribunal de Tunis. Trente-trois personnes au total sont poursuivies dans le cadre de cette affaire, dont six membres des forces de sécurité, qui sont accusés de «non assistance à personne en danger». Le meurtrier avait été tué lors de l'attaque.

Les 27 autres accusés, tous de nationalité tunisienne, répondront de «crimes terroristes», «homicide» et «complot contre la sûreté de l'Etat».