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Chassés par une double barbarie, les Syriens vont surtout dans les pays voisins

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 08/09/2015 à 17H12, mis à jour le 08/09/2015 à 17H33

Fillette syrienne au point passage d'Akçacale entre Turquie Syrie
Une fillette syrienne extirpée entre grillages tordus et barbelés menaçants au point de passage d'Akçacale, entre la Syrie et la Turquie, le 14 juin 2014. La photo a reçu le Visa d'Or News au Festival international de photojournalisme «Visa pour l'image» de Perpignan, le 5 septembre 2015. © Bulent Kiliç/AFP

Aux côtés des frappes envisagées contre Daech en Syrie, François Hollande veut tenter de juguler l'hémorragie de réfugiés syriens fuyant la double barbarie du régime et de l'EI. Il entend fournir une aide massive aux pays voisins débordés par l’arrivée de 4 millions de réfugiés, afin que ces populations restent au plus près de leur pays, alors qu'ils ne sont que 6% à demander l'asile en Europe.


Soufflée par les largages incessants de barils d’explosifs par l’aviation de Bachar al-Assad et les exactions d'un autre âge de l’organisation de l’Etat islamique au sol, la population syrienne n’a plus eu d’autre solution que l’exil.

Quatre millions de réfugiés dans trois pays limitrophes 
Depuis 2011, sur une population de 23 millions, près de la moitié est actuellement considérée comme déplacée et plus de 4 millions sont réfugiés à l’étranger. D’abord dans l’urgence puis en flux continu, ils se sont répartis sur les cinq pays de la région qui leur étaient accessibles.
 
Avec 1,9 millions de réfugiés, la Turquie est le pays qui accueille le plus de Syriens dans le monde. Selon la Commission européenne, ce chiffre pourrait monter à 2,5 millions d’ici la fin de l’année. En dépit de l’existence de 25 camps établis le long de la frontière syro-turque plus de la moitié de cette population vit en dehors de ces périmètres et n’est donc ni enregistrée ni assistée. Le gouvernement Erdogan estime avoir dépensé près de 5 milliards d’euros depuis le début de la crise.
 
Le Liban, en pleine crise politique et sanitaire, accueille près de 1,2 million de réfugiés venant de Syrie. Ce qui représente environ une personne sur cinq de la population du pays. Outre le déséquilibre que leur présence fait peser sur la démographie, leur situation matérielle reste précaire. Selon Amnesty international, «le manque de fonds fait des réfugiés au Liban les plus vulnérables. Ils ne reçoivent que 12 euros par mois soit moins d’un demi-euro par jour d’aide en coupons alimentaires.»

Le manque de moyens des organismes internationaux 
De son côté, la Jordanie a reçu à ce jour quelque 650.000 ressortissants syriens, soit l’équivalent de 10% de la population locale. Le Programme alimentaire mondial continue de fournir des coupons alimentaires à 15% d’entre eux qui vivent dans les immenses camps de Zaatari près de la frontière syrienne et de Zarqa près d'Amman. En revanche, il a annoncé la suspension de son aide aux 85% restant vivants hors des camps, là aussi «faute de moyens.»
 
Enfin, deux autres pays de la région ont également constitué des destinations d’exil pour certains Syriens. L’Irak, qui voit lui-même une partie de sa population partir, a accueilli 250.000 Syriens et l’Egypte plus lointaine en a reçu 130.000. Ceux qui avaient les moyens d’une telle aventure.

Maintenir les réfugiés au plus près du pays qu'ils fuient 
Avec le manque de fonds dont soufrent les organismes internationaux, on assiste désormais à un changement de direction des migrants. En raison de la précarité, des milliers de réfugiés syriens quittent par exemple la Jordanie selon une courbe ascendante, 120 par jour en août contre 60 en juillet, pour retourner au pays ou se tourner vers des Etats plus développés et plus accueillants.
 
C’est sans doute ce nouvel aiguillage qui a motivé le président français à proposer la tenue d’une conférence internationale sur les réfugiés à Paris et à prôner une aide massive aux pays d’accueil pour permettre aux réfugiés de rester au plus près du pays qu’ils ont fui.