Trois questions à...

Christiana Figueres : «Pour le climat, on ne peut plus attendre!»

Par Falila Gbadamassi@GeopolisFTV | Publié le 25/11/2015 à 10H50, mis à jour le 25/11/2015 à 11H04

Christiana Figueres secrétaire exécutive CCNUCC
Christiana Figueres, secrétaire exécutive de Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), le 13 février 2015.
 

© REUTERS/Denis Balibouse (SWITZERLAND)

La COP21 s'ouvre le 30 novembre 2015. Au sortir de la rencontre informelle des ministres en charge des questions climatiques avant la conférence de Paris (Pré-COP), la secrétaire exécutive de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, Christiana Figueres, est revenue sur quelques-uns de enjeux de ces négociations décisives, de l'avis de tous les experts.


Quelle est la principale difficulté des négociations qui s'annoncent à Paris? 
Le plus grand défi réside dans le fait que chacun de nous doit comprendre que nous ne pouvons plus continuer à faire usage du même modèle de développement auquel nous avons eu recours ces 150 dernières années. Nous devons créer un nouveau modèle qui bénéficie aux pays en voie de développement et qui protège le climat. C’est le plus important challenge que nous sommes appelés à relever.

Il y a évidemment urgence à agir pour préserver la planète. C'était déjà le cas à Copenhague. Pourquoi l'urgence se fait encore plus palpable à Paris? 
Il y a une compréhension plus grande de cette urgence, ce qui explique pourquoi tout le monde est si déterminé à trouver un accord. S’il n’y avait pas cette compréhension profonde, on pourrait retarder le processus de cinq ans ou dix ans encore. Il est évident pour tous que le virage doit être pris maintenant, cette année. On ne peut plus attendre! Et pour cause : si nous attendons plus longtemps, les investissements importants que nous serons obligés de faire en matière d'insfrastructures (transport, urbanisme, énergie) vont nous enfermer dans une économie intensive en carbone pour les décennies à venir. C’est pourquoi l’accord de Paris doit envoyer un signal fort, particulièrement aux investisseurs qui doivent réorienter leurs capitaux vers des technologies et des infrastructures propres, climatiquement résilientes.

La conférence de Paris va s'appuyer sur des documents clé : les INDCs. Ces preuves de bonne foi rassemblent pour chaque Etat-partie ses engagements pour lutter contre le réchauffement climatique. Comment les objectifs publiés dans les INDC's seront-ils contrôlés?
Il y aura un mécanisme baptisé MRV (Measuring Reporting and Verification) qui permettra aux pays de soumettre les obligations contenues dans les INDCs à leurs pairs. Mais il faut souligner, et c'est le plus important, que les mesures comprises dans tous les INDCs sont dans l’intérêt des pays qui les présentent. Au lieu d’avoir un système punitif ou légalement contraignant, nous avons un mécanisme plus puissant qui repose sur les intérêts nationaux de chaque Etat. Une loi, c'est bien, mais veiller à ses propres intérêts est une motivation bien plus forte.

Les Africains sont très sensibles au sort qui leur sera réservé dans ces négociations. Compte tenu notamment du fait que leur continent emet le moins de gaz à effet de serre mais est très vulnérable au changement climatique alors que leurs ressources sont limitées pour y faire face...
Pouvez-vous, un seul instant, imaginer l’Afrique réduite à se contenter d'énergies polluantes pour les années à venir? Ce serait un crime contre l'Afrique. Les Africains ne peuvent être condamnés à utiliser des technologies qui datent du siècle dernier. Le continent doit être accompagné dans son évolution vers de nouvelles technologies et de nouvelles pratiques agraires qui lui permettront de faire face à sa croissance démographique et de sortir ses populations de la pauvreté. 

A la pré-COP, il y a eu des avancées, semble-t-il, sur le financement du Fonds vert qui doit aider les Africains à faire face aux conséquences du réchauffement climatique. L'idée que les 100 milliards, qui doivent être alloués annuellement par les pays du Nord à leurs homologues du Sud à compter de 2020, constituent une somme «plancher» a été admise...
Une pré-COP ne décide de rien parce que c'est avant tout une rencontre informelle. Tout se jouera pendant les négociations de Paris auxquelles tous les pays participeront la première semaine de décembre. Cependant, pendant la pré-COP, cette somme a été admise comme une base pour une raison assez simple: les transformations nécessaires en Afrique et ailleurs ne s'estiment pas en milliards mais en milliers de milliards. Ces milliards sont l'expression d'une promesse politique. Et la vraie économie attend que ces milliards se transforment en milliers de milliards. 

Autre préoccupation des pays africains : ils ne souhaitent pas que le financement climat soit assimilé à de l'aide au développement... Qu'en est-il? 
C’est un sujet très important et il n’y aura pas d’accord s’il n’y en pas un sur la question du financement. Cependant, si l’on prend l’exemple de l’Egypte, du Kenya, du Maroc et de nombreux autres pays africains, ils évoluent déjà vers des technologies plus propres, en s'appuyant à la fois sur leurs propres ressources et sur les capitaux étrangers qu'ils reçoivent.  

L’accord sera in fine politique. Avez-vous le sentiment que toutes les concessions nécessaires seront faites à Paris pour aboutir à un accord juste pour tous, particulièrement pour les pays les plus vulnérables?
Oui, parce que tous les pays s'accorderont pour y parvenir.

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