Trois questions à...

Climat: «L'accord de Paris n'est pas parfait, mais c'est l'accord possible»

Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 13/12/2015 à 18H58, mis à jour le 13/12/2015 à 19H27

Giza Gaspar-Martins
© MARTINA HERZOF/dpa

Giza Gaspar Martins, pour le compte de l’Angola, assure la présidence du groupe des Pays les moins avancés dans le cadre des négociations climat. Il revient sur le premier accord universel sur le climat adopté le 12 décembre 2015 à l'issue de la COP21.


Que pensent les Pays les moins avancés (PMA) de cet accord climat de Paris?
Ce n’est pas l’accord parfait, mais l'accord possible. Il met en place un système qui permet la conduite de l'action climatique. Il prend en compte les principes de la Convention sur les changements climatiques, en particulier la responsabilité commune mais différenciée. L'accord reconnaît les particularités et la situation des PMA. Il prévoit la revue des contributions nationales (INDCs) qui permettront de mener les actions nécessaires dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. C'est un bon accord. Nous sommes très fiers d’avoir pu prendre part à son élaboration. 

Les ONG estiment qu'il n’est pas juste pour les pays vulnérables au changement climatique comme les vôtres...
Il y aura des opinions différentes sur cet accord mais il n'est pas vide parce qu'il permet de conduire des actions substancielles. Il nous permet de nous réunir tous les cinq ans pour aligner nos contributions nationales afin d'atteindre l'objectif de 1,5°C qui a été fixé...

C'est un bon accord quand bien même aucun financement n'est fourni pour l'adaptation, l’une de vos principales revendications?
Cet accord nous engage sur des décennies. Je ne suis pas sûr qu'un objectif financier, aujourd’hui, sera pertinent dans 20 ans. Nous nous sommes plutôt entendus sur un mécanisme qui revisite nos contributions et celles des pays développés et sur le fait d'encourager d’autres pays à contribuer au financement climat.

L'Egypte, au nom du groupe Afrique, a proposé à la présidence française de conduire des consultations informelles avec les pays africains. De quoi sera-t-il question ?
Je ne suis pas encore informé des points qui seront discutés. Mais aujourd’hui, la priorité doit aller aux modalités de mise en œuvre de l'accord. Il rentrera en vigueur en 2020 mais des actions techniques doivent être menées d’ici là. Dans cette optique, nous allons travailler avec la présidence française, dont le mandat s'achèvera à la COP22, et qui jusqu'ici a opéré de manière inclusive et transparente. Toutes les préoccupations des uns et des autres ont été prises en compte. Nous sommes certains que nous continuerons à collaborer dans les mêmes conditions tout au long de cette année. 

Il semble que les pays africains se soient montrés d’une grande flexibilité dans ces négociations en faisant beaucoup de compromis alors qu’ils étaient les plus vulnérables pour différentes raisons. Vrai ou faux?
Les négociations ont été extrêmement ardues pour tous les pays. L’application de cet accord nécessitera beaucoup de compromis et de sacrifices de part et d’autre. Je ne pense pas qu’il soit exact de dire que l’Afrique a fait tous les compromis et tous les sacrifices. Les discussions autour de la vulnérabilité ont été parmi les plus ardues. Il y a des vulnérabilités géophysiques partout dans le monde. La Nouvelle-Zélande est tout aussi concernée que le Tuvalu quand il s’agit de la montée du niveau de la mer. Par contre, les pays africains ont des besoins spécifiques en matière de développement et l’accord de Paris le reconnaît. A l’instar du président Hollande, qui a déclaré que ces besoins particuliers devaient être pris en compte. L’accord de Paris ne constitue pas l’action climatique. C’est un mécanisme qui permet de la mener. Si nous faisons fonctionner le système, il fonctionnera aussi pour l’Afrique.

On ne devrait donc pas s'apitoyer sur le sort réservé aux Africains dans le cadre de cet accord climat…
Evidemment que non. Et je le dis en tant qu’Africain: cet accord est équilibré. 

Votre pays est un pays pétrolier. Comment l'Angola prépare-t-elle sa transition énergétique?
Notre INDC, dans son volet atténuation, est construit autour des énergies renouvelables. Nous avons pris des engagements dans ce sens avant même la COP21 et la mise en place des INDCs.

Quand votre pays renoncera-t-il officiellement à l’énergie fossile?
Vous me posez une question à laquelle je ne peux pas répondre. Néanmoins, ce qui est certain pour l’Angola et pour tous les pays, c’est que nous devons embrasser une stratégie de développement bas carbone. Mais prendre cette trajectoire ne relève pas de la responsabilité d'un seul pays ou d'un seul producteur de pétrole. Cet accord a mis en place les bases nécessaires pour que la communauté internationale dans son ensemble, la communauté scientifique et le monde des affaires s’engagent à trouver des moyens alternatifs pour favoriser une croissance et un développement durables. L’Angola est heureuse de prendre part à ce processus.