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Climat: Trump «montre du mépris pour des millions de vies», notamment en Afrique

Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 02/06/2017 à 17H23, mis à jour le 07/06/2017 à 15H00

En 2015 Zimbabwe a été frappé par forte sécheresse.
En 2015, le Zimbabwe a été frappé par une forte sécheresse. 300.000 hectares de récolte sur 2 millions ont été perdus entrainant la pire crise alimentaire depuis une décennie.
© AFP PHOTO / Jekesai NJIKIZANA

A l'instar de leurs homologues, les politiques et acteurs de la société civile en Afrique ont réagi avec indignation à la décision américaine de se retirer de l'Accord climat de Paris. Mais ces derniers soulignent surtout «l'obligation morale» des Etats-Unis d'aider les nations les plus pauvres à faire face aux effets du réchauffement, phénomène dont ils sont historiquement responsables.


S’il y a un continent qui est sensible au retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris annoncé le 1er juin 2017 par le président Donald Trump, c’est bien l’Afrique. Notamment du fait de la contribution de trois milliards de dollars promise par les Etats-Unis au Fonds vert pour le climat (FVC).

Ce fond, mis en place par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en 2015, est aujourd’hui le principal outil de financement mis à disposition par les nations riches pour aider les pays en voie de développement à faire face aux conséquences du dérèglement climatique. 

«A l’heure actuelle, le FVC finance 43 projets (dont 20 en Afrique) pour un montant total de 2,2 milliards de dollars, et vient en aide à près de 128 millions de personnes avec des initiatives touchant à la protection de l’eau, l’irrigation, la gestion des crues et la climatologie», rapporte Irin. L’administration Obama, consciente du désengagement annoncé de son successeur, a pu verser le tiers de la quote-part des Etats-Unis


La décision américaine fait donc réagir sur le continent. «Il est profondément décevant de voir les Etats-Unis se soustraire à leurs responsabilités en tant que membre de la communauté internationale», a réagi via un communiqué l’Ethiopien Gebru Jember Endalew, qui assure la présidence du groupe des Pays les moins avancés (PMA), le groupe de négociation de l’accord climat auquel la majorité des pays africains appartient.

«Pour les PMA, les impacts sont particulièrement dévastateurs; étant les pays les plus pauvres du monde, nous sommes les plus vulnérables mais les moins en capacité de faire face à la menace de changement climatique. En refusant de s'engager dans cette action ambitieuse, le président Trump montre du mépris pour des millions de vie à travers le monde.»

Les Etats-Unis ont «une obligation morale» envers les pays les plus pauvres
Pour l'Afrique du Sud, la première économie du continent, les Etats-Unis ont «l'obligation morale» d'aider les pays les plus pauvres à faire face aux conséquences du réchauffement climatique. Pretoria a ainsi mis en avant la responsabilité historique de Washington dans le niveau actuel des émissions de gaz à effet de serre, un argument phare des Africains lors des négociations climat.

«Historiquement, les Etats-Unis ont contribué significativement aux émissions globales et ont donc une obligation morale, non seulement de jouer le rôle de leader dans la réduction des émissions, mais surtout de soutenir les économies les plus pauvres dans leur contribution à l'effort global». Par ailleurs, les autorités sud-africaines soulignent que «l'adoption de l'Accord de Paris, 15 ans après le retrait des Etats-Unis du Protocole de Kyoto, est une victoire pour l'effort multilatéral pour contenir le changement climatique».  

«Incroyable ! C’est un triste jour pour la coopération mondiale, a déclaré John Dramani Mahama, l’ancien président ghanéen. La décision de Trump tient véritablement de la désinformation (…). Les Etats-Unis viennent de renoncer à leur rôle de leader sur une question majeure pour le monde.»


Un autre Ghanéen, l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, qui assure désormais la présidence d’un groupe de sages, The Elders, a fait valoir pour sa part dans un communiqué «qu’aucun pays ne peut démanteler l’accord». «Le retrait américain affaiblit la cohésion internationale autour de l’accord mais il ne provoquera pas sa disparition.»

«Notre engagement envers (l’accord de Paris) est inébranlable», a réagi Hakima El Haité, envoyée spéciale du Maroc pour le changement climatique dans un tweet en reprenant le slogan lancé par le président français Emmanuel Macron après l'annonce de la décision de Donald Trump, #MakeOurPlanetGreatAgain. «Continuons à mener la lutte contre le changement climatique», a ajouté la représentante du Maroc qui a accueilli la COP22.