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Congo (Brazzaville),  Afrique,  Afriques

Congo-Brazzaville: le gouvernement en guerre contre les «Bébés noirs»

Par Dominique Cettour-Rose @GeopolisFTV | Publié le 16/05/2017 à 11H24, mis à jour le 19/05/2017 à 10H45

Un policier congolais au stade Kintele à Brazzaville 27 mars 2016.
Les autorités congolaises n'ont pas souhaité communiquer sur le nombre d'agents impliqués dans l'opération de lutte contre les «Bébés noirs» à Brazaville.   © FLORIAN PLAUCHEUR / AFP

Les autorités congolaises ont annoncé des mesures pour éradiquer ces groupes d’adolescents qui terrorisent les habitants des quartiers nord de Brazzaville, surnommés les «Bébés noirs». Ils ont entre 13 et 20 ans, «tuent, pillent, violent les femmes (...), sèment la terreur et la désolation», a réaffirmé le procureur de la République. Un phénomène récurrent dans la capitale depuis plusieurs années.


Les Brazzavillois sont dans l'attente de mesures draconniennes à l'encontre des «Bébés noirs». «Nous allons combattre dès cet instant les Bébés noirs et leurs complices et nous allons les mettre hors d'état de nuire», a annoncé, le 11 mai 2017, le procureur de la République André Ngakala. La scène s'est déroulée au commissariat central de la Tsiémé, quartier populaire de la capitale Brazzavile, mais le nombre d'agents affectés à cette opération, dont l'objectif est de «permettre à tous les officiers de police judiciaire de (les) éradiquer par tous les moyens», n'a pas été précisée. 

M.Ngakala, qui a dirigé la première patrouille mixte impliquant des gendarmes et des policiers dans plusieurs quartiers nord de Brazzaville, avait affiché en juillet 2016 la même détermination et fait peu ou proue les mêmes promesses pour lutter contre ces apprentis-criminels qui restent insaisissables, ce qui alimente la psychose des habitants.

#Congo : les « bébés noirs » dans le viseur de la Justice et de la Police https://t.co/9YTgtykqWI pic.twitter.com/31hh1FQmiB


Drogués, ces jeunes adolescents sont armés de machettes, couteaux, pioches ou marteaux, et opèrent de jour comme de nuit à Brazzaville. Ils doivent leur surnom au fait qu'ils portent des cagoules noires quand ils passent à l’attaque, ce qui laisse supposer qu'ils sont connus de leurs victimes.

«Ce sont des garçons du voisinage qui ont mal tourné», confirmait un chauffeur de taxi, cité par Médiapart en décembre 2016. Et le site de préciser que «la cagoule est un attribut des escadrons de la police officielle quand elle entreprend des opérations de type barbouze».


Mais ces jeunes criminels sont-ils vraiment inquiétés? Certains Brazzavillois soupçonnent le régime de Denis Sassou N'Guesso, au pouvoir depuis 33 ans, d'avoir encouragé ces bandes à commettre leurs exactions afin de décourager la population de se révolter. Cité par Paris-Match Maurice Massengo-Tiassé, avocat exilé à Paris après avoir fui Brazzaville en 2016, livre un récit édifiant sur le chaos semé par les milices urbaines, dont les «Bébés noirs», qui feraient ainsi partie d'un dispositif répressif conduit par des proches du président en exercice.

RFI rappelle qu'en avril 2017, le ministre de la Justice, Pierre Mabiala, avait dénoncé la passivité et le manque de dynamisme des officiers de police judiciaire pour lutter contre ce fléau. L'AFP rapporte qu'une journaliste de l’Agence congolaise d’information, Marna Julie Mankené, a été interpellée, le 23 avril, et gardée à vue pendant 24 heures par la police. Cette dernière l'accuse d'avoir «amplifié» le phénomène des «Bébés noirs».