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Congo Brazzaville: sans statut, les réfugiés rwandais devenus indésirables

Par Dominique Cettour Rose@GeopolisAfrique | Publié le 12/04/2018 à 15H12

Camp Betou Congo Brazaville.
Le camp de réfugiés de Betou, installé par le HCR, est situé à environ 1.000 km au nord de Brazzaville. © FLORENT VERGNES / AFP

Privés de leur statut de réfugiés, des milliers de Rwandais, exilés au Congo-Brazzaville après le génocide de 1994 au Rwanda, vivent avec l'angoisse d'être contraints à un retour forcé dans leur pays. Ce processus soutenu par le HCR et mis en œuvre par le gouvernement congolais en concertation avec Kigali, est entré en vigueur le 31 décembre 2017 au grand dam d'ONG congolaises comme l'Adhuc.


Sur les 10.000 Rwandais que comptait encore fin 2017 le Congo Brazzaville, quelque 9.200 d'entre eux ont perdu leur statut de réfugié début 2018. Ces derniers ont le choix entre trois solutions: rentrer au Rwanda, prendre la nationalité congolaise ou bénéficier d'une exemption. 

En majorité hutus, ils ont fui après le génocide qui a fait, selon l'ONU, 800.000 morts entre avril et juillet 1994, pour l'essentiel dans la minorité tutsie, et contraint à l'exil des dizaines de milliers de personnes appartenant principalement à la majorité hutue. Ces Rwandais avaient d’abord choisi de s’exiler en République démocratique du Congo (RDC), pays qu’ils ont dû quitter à la fin des années 1990 pour le Congo-Brazzaville, fuyant les deux guerres du Congo, contre-coup du génocide rwandais.

Après plus de vingt ans d'exil, «lorsque les conditions qui ont poussé au départ des réfugiés ont disparu, on invoque la clause de cessation» du statut de réfugié, a expliqué à l'AFP Jean-Claude Kourouma, chef du bureau du Haut Commissariat de l'ONU (HCR) de Betou, ville du nord du Congo qui, en 2017, accueillait près de 1.900 réfugiés rwandais.

Des réfugiés désormais en situation irrégulière
«Les personnes n'ayant pas bénéficié de l'exemption (de cette clause de cessation) se trouvent désormais en situation irrégulière sur le territoire congolais», a récemment déclaré le gouvernement de Brazzaville. 

Une situation qui complique la vie de familles qui refusent leur retour. «Ils ont coupé nos rations. C'est moi qui travaille seul, pour nourrir mes cinq petits frères et sœurs. Je cultive un petit jardin et j'essaie d'aller à l'école. Mais comment je peux tout faire tout seul?», témoigne Gilbert Bigirimana, un jeune Hutu. «Je préfère rester ici jusqu'à ce qu'on m'enterre», menace cet «orphelin de père» et qui n'a plus que sa mère «très malade». «Kagame privilégie sa "race". Si on retourne là bas, on va nous massacrer», appréhende ce Rwandais.

Saisie par la Communauté rwandaise pour plaider leur cause, l'Adhuc estime que le HCR oublie que ces Rwandais ont d'abord été réfugiés en RDC après le génocide et qu'ils y ont été massacrés, notamment dans les camps du HCR, entre 1996 et 1998 par l'armée rwandaise et ses alliés, ce qui justifierait leur crainte de rentrer.

La Constitution rwandaise, adoptée le 4 juin 2003, place l'«éradication des divisions ethniques et régionales» au rang de ses principes fondateurs.

L'exemption, mesure exceptionnelle
Contrairement à Gilbert Bigirimana, une Rwandaise de 28 ans, Antoinette Mokamakombe, a obtenu le maintien de son statut de réfugiée. Une mesure exceptionnelle en raison des conflits qui ont touché les différents pays d'accueil où elle s'est exilée depuis son départ du Rwanda en 1994: la RDC, qu'elle a quitté à la fin des années 1990, puis la Centrafrique qu'elle a fui en 2013 quand le conflit a embrasé le pays.

Comme elle, quelque 802 réfugiés rwandais du Congo ont pu bénéficier de cette exemption. Celle-ci «concerne les personnes visées par leur origine, ou dans une situation particulière qui menace leur sécurité», a expliqué Jean-Claude Kourouma à l'AFP, avant de préciser qu'«il n'y a pas de génocidaires qui aurait pu bénéficier du statut de réfugié».

Avant une rencontre avec le président Paul Kagame à Kigali, le Haut commisaire des Nations Unies aux réfugiés, Filippo Grandi, de passage à Goma, le 8 avril 2018, a promis de faciliter le retour volontaire dans leur pays de Rwandais exilés dans l'est de la RDC. 

La naturalisation congolaise 
L'ambassadeur du Rwanda au Congo, Jean-Baptiste Habyalimana, a pour sa part annoncé le 27 mars 2018 à Brazzaville, que les parlements des deux pays organiseront bientôt des campagnes d’information, en vue de sensibiliser les réfugiés rwandais sur le bien-fondé de leur retour au pays. Prévue initialement pour fin décembre 2011 par le comité exécutif du HCR, à la demande de Kigali, la clause de cessation du statut de réfugié avait été reportée au 30 juin 2013 pour être effective au 31 décembre 2017. 

Avant cette date butoir, seule une centaine de Rwandais avaient fait le choix du retour au pays. Quand d'autres ont préféré l'intégration locale, c'est-à-dire prendre la nationalité congolaise. Une solution qui attire toutefois très peu de réfugiés rwandais en raison du coût de la procédure pouvant atteindre jusqu'à 1.000 dollars

Contrairement au Rwanda, l'Ouganda a annoncé qu'il n'appliquerait pas la clause de cessation contre les réfugiés rwandais. L’agence des Nations Unies pour les réfugiés, l’UNHCR, évaluait à environ 18.000 le nombre de réfugiés rwandais en Ouganda, selon RFI. Un chiffre sous-estimé d'après certaines ONG.