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COP23. L’Afrique obtient «un résultat acceptable»

Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 18/11/2017 à 15H03, mis à jour le 18/11/2017 à 15H13

La plénière COP23 18 novembre 2017
La plénière de la COP23, le 18 novembre 2017. © Géopolis/FG

Au bout d'une nuit blanche, la COP23 a, entre autres, décidé que le Fonds d'adaptation servirait l'accord de Paris et les pays développés se sont engagés à fournir aux pays en voie de développement les informations nécessaires relatives aux projections de financement de l’adaptation. Des questions prioritaires pour l'Afrique sur lesquelles les négociateurs n'auront pas lâché.


Quelques heures avant la clôture de COP23, présidée par les îles Fidji et qui se sera achevée aux premières heures du 18 novembre 2017 (à l’instar de Paris, un jour plus tard que prévu), le pessimisme était de mise quant à la prise en compte des priorités des Africains dans les négociations. La société civile africaine avait largement exprimé son désappointement la veille. 

Et pour cause, aucun progrès n’avait été fait jusque-là sur la question du financement de l’adaptation et de l'atténuation. Deux des points qui importaient aux délégations africaines ont fini par faire consensus. A savoir, le transfert de tutelle du Fonds d’adaptation du protocole de Kyoto vers l’accord de Paris et la transparence sur les engagements financiers futurs des nations développées vis-à-vis des pays en développement, le très discuté point 5 de l’article 9 de l’accord de Paris.

Les reports successifs de la plénière et la poursuite des discussions des groupes de travail en charge de ces dossiers laissaient présager d’un éventuel revirement de situation. La bonne nouvelle est arrivée aux environs de 3h du matin et est devenue officielle quelques heures plus tard. 

Dos au mur
Les négociateurs africains ont réalisé un tour de force, «leurs homologues des pays riches se sont retrouvés dos au mur», font remarquer plusieurs observateurs. Depuis quelques jours, les Africains et le monde en développement en général, puissamment représenté par le G77+Chine (l'Inde est également membre), poussaient leur agenda en dépit de la résistance de leurs partenaires des pays riches à évoquer la question du financement. «Nous avons été clairs, si nous n’avancions pas sur ces sujets-là, on rentrait à la maison», explique le Malien Seyni Nafo, président des négociateurs africains, dont le mandat s'achève à la fin de l'année. 

«La question du rattachement du Fonds d’adaptation a été une question sensible (...) Mais les pays en développement ont présenté un front uni, analyse le Kényan Mohamed Adow de l’ONG Christian Aid, membre du réseau Climate Action Network. L’autre point d’achoppement des pourparlers a été la clarification du type d’informations que les pays développés doivent fournir en matière de projection de financements. Les sommes annoncées seront celles fournies. Ce qui permettra aux pays en développement de mesurer, de façon transparente, si les engagements pris ont été honorés»

Mohamed Adow Christian Aid Harjeet Singh Actionaid

Mohamed Adow (Christian Aid) et Harjeet Singh (Actionaid) à Bonn, lors de la COP23 © Géopolis/FG


Toujours pas assez pour les victimes du changement climatique 
Pour le négociateur en chef de l'Afrique, «c’est une COP qui a des résultats acceptables, eu égard aux enjeux et à l’urgence de la situation. En tant que négociateurs, nous avons fait tout ce que nous avons pu. Mais ce n’est pas en adéquation avec nos ambitions et ce n’est certainement pas en adéquation avec la réalité et, encore une fois, l’urgence de la situation.» 

«Il aurait fallu, par exemple, poursuit Seyni Nafo, qu’on lance des négociations sur le processus qui aboutirait à la cible qui doit remplacer les 100 milliards (du Fonds vert) en 2025.»

A Bonn, «nous ne nous sommes pas assurés que les victimes du changement climatique vont être suffisamment aidées», résume Harjeet Singh en charge des questions relatives au changement climatique au sein de l'ONG Actionaid, qui fait également partie du Climate Action Network

«Le niveau de la mer continue à augmenter mais nous ne répondons pas aux attentes des personnes qui sont affectées et qui le seront
(...). Sur les dossiers importants comme la finance, nous n'avons pas fait de progrès majeurs et la responsabilité en incombe aux Etats-Unis, à l'Union européenne, au Canada ou encore à l'Australie. L'Allemagne, qui a mis de l'argent sur la table (des contributions au fonds d'adaptation et au fonds dédié aux PMA ont été annoncés), et la France ont été plus proactives. Mais ces pays sont aussi membres de l'Union européenne et elles doivent pousser le bloc à faire plus». 

Cependant, note Harjeet Singh, «il y a des signes positifs notamment sur les questions relatives à l'agriculture (un programme de travail  sur la question a été adopté) et au genre (un plan d'action en faveur de l'égalité des sexes dans l'action climatique a été aussi adopté).» 

Des signaux positifs lancés à la COP23
Les pays les moins avancés (PMA), dont la plupart des membres sont Africains, ont également salué les avancées, notamment celles concernant la plateforme sur les communautés locales et les peuples autochtones. Cette dernière permettra notamment à ces populations de mettre leur connaissance de la nature au service de la lutte contre le réchauffement climatique.

La prochaine COP se tiendra en Pologne où les règles suggérées à Bonn pour l'application de l'accord de Paris seront discutées. Le Dialogue Talanoa, «concept Pacifique de discussion constructive, de débat et de narration» porté par les îles Fidji (entrées dans l'histoire comme le premier petit Etat insulaire à présider une COP), «préparera le terrain pour la COP24 en Pologne en 2018. Ce dialogue de facilitation permettra de dresser un bilan mondial des plans d'actions climatiques nationaux afin de mettre le monde sur la bonne voie pour concrétiser l'ambition pré-2020, ainsi que les objectifs à long terme de l'accord de Paris», indique le communiqué final de la COP23.