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Corée du Sud,  Asie-Pacifique

«Corée libérale», le nouveau nom du parti présidentiel pour redonner confiance

Par Dominique Cettour-Rose@GeopolisAfrique | Publié le 26/01/2017 à 09H46, mis à jour le 10/02/2017 à 11H02

Manifestation devant siège Parti Saenuri à Séoul 3 décembre 2016.
Un manifestant sud-coréen devant le siège du parti Saenuri, à Séoul le 3 décembre 2016, brandit un drapeau national et un slogan «Le peuple est la constitution!» © JUNG Yeon-Je / AFP

Le parti Saenuri au pouvoir en Corée du Sud tente de faire oublier son lien avec le scandale de corruption qui a précipité la destitution de la présidente avec un nouveau nom: «Corée libérale». Ce choix doit encore être entériné, le 13 février 2017, par la direction du parti. La présidente Park avait déjà rebaptisé le GPN en Saenuri pour retrouver la confiance des électeurs en 2012.


Changer de nom est une tactique fréquente des partis sud-coréens qui veulent tourner la page à l'approche d'une élection. Le parti conservateur au pouvoir Saenuri, malgré l'arrivée d'une nouvelle équipe dirigeante en août 2016, change de nom après le retentissant scandale politique qui a conduit à la destitution de la présidente Park, votée au Parlement par l'opposition majoritaire et certains membres du Saenuri.

En août 2016, le nouveau chef du Saenuri, In Myung-jin, avait d'une responsabilité: unifier le parti présidentiel déchiré par des luttes de factions, préparer la prochaine présidentielle de décembre 2017 et faire face à l’opposition majoritaire au Parlement. Mais depuis, la donne a changé: les députés ont voté, le 9 décembre, la destitution de Mme Park. Laquelle, si elle est validée par le Conseil constitutionnnel, pourrait provoquer une élection présidentielle anticipée sous 60 jours. Ni l'opposition, ni le Saenuri ne sont particulièrement préparés à cette perspective. 


In Myung-jin envisageait donc de changer le nom du parti conservateur, en plein décrochage politique.

Le Grand parti national jusqu'en 2012
Le Saenuri, qui siginifie Nouvelle frontière, avait été fondé par la présidente Park Geun-hye. Il est issu de la fusion en 1997 de plusieurs formations de centre-droit et s'appelait jusqu'en 2012, le Grand parti national (GNP). Mme Park, alors à sa tête, l'avait rebaptisé à l’approche des législatives d’avril 2012 qu’il a finalement gagné d’une courte majorité.

Ce courant est resté au pouvoir pendant des décennies en Corée du Sud, sous la dictature et dans les années qui ont suivi. Puis, il a basculé dans l'opposition durant dix années avant de revenir aux affaires lors des présidentielles de 2012 et 2007.

Aux dernières législatives d'avril 2016, le Saenuri n'avait obtenu que 128 sièges sur 300, perdant la majorité absolue au Parlement. Plusieurs députés du parti avaient alors fait sécession pour former le parti Bareun (Correct). Les partis d'opposition, eux, avaient fait campagne contre les projets de révision néolibérale du droit du travail et une politique de plus en plus autoritaire réduisant au silence les opposants du premier parti du pays.

Les raisons de la défaite du parti conservateur reposent principalement sur les mauvais résultats économiques enregistrés. Selon l'Iris, Park Geun-hye avait été élue en 2012 sur la promesse d'une relance de l'économie qui n'a pas été au rendez-vous en raison de la baisse de la croissance chinoise, principale partenaire et cliente de la Corée du Sud.


Depuis des décennies, des soupçons de corruption pèsent sur la classe politique sud-coréenne et la Maison bleue. Le scandale actuel est centré sur Choi Soon-Sil, la confidente de l'ombre de la présidente Park, rebaptisée par la presse locale «Raspoutine». Elle est accusée de s'être servie ddu carnet d'adresses présidentiel pour extorquer des sommes astronomiques aux conglomérats sud-coréens. Dans cette affaire, Mme Park est accusée de collusion.

Aucun de ses proches n'étant en mesure, selon les sondages, de remporter la présidentielle sud-coréenne, l'éventuelle candidature de l'ancien secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, réputé proche du Saenuri, aurait pu faire les affaires de la droite conservatrice qui ne souhaite pas voir l'opposition démocrate accéder au pouvoir. Après huit ans passés à la tête de l'ONU, M.Ban a finalement annoncé son «retrait de la vie politique». «Je vais renoncer à mon intention pure d'apporter du changement politique et d'unifier mon pays», a-t-il déclaré le 1er février 2017.