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Côte d’Ivoire : Emmanuel Macron sur les pas de François Hollande

Par Noe Michalon@GeopolisAfrique | Publié le 12/06/2017 à 17H53, mis à jour le 12/06/2017 à 17H53

Emmanuel Macron Alassane Ouattara 11 juin 2017 à Paris
Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, le 11 juin 2017 à Paris © Francois PAULETTO / Citizenside / AFP

La première rencontre, dimanche 11 juin 2017 à Paris, entre Emmanuel Macron et son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, a dressé les premiers contours d’une coopération assez similaire à la ligne tenue lors du quinquennat de François Hollande. Objectif : intensifier les relations en termes de sécurité, d’économie et d’environnement. Géopolis y était.

Les cuivres de la garde républicaine résonnent avec entrain dans la cour de l’Elysée. Bravant la canicule, les flashs de la poignée de journalistes présents sur place immortalisent un moment clé du nouveau quinquennat : Alassane Ouattara, président de la république de Côte d’Ivoire, est le premier chef d’Etat africain reçu par Emmanuel Macron depuis son élection.

L’invité lui-même a pris la mesure de l’importance de l’instant, lui qui est reçu un jour de premier tour des élections législatives françaises. Il vient accompagné d’un aréopage de dignitaires, parmi lesquels son Premier ministre et son ministre des Affaires étrangères. Après un entretien d’une quarantaine de minutes, les chefs d’Etat font une entrée énergique dans un petit salon de l’Elysée pour une déclaration côte-à-côte, sans possibilité de questions pour la presse, communication jupitérienne oblige.

Sur tous les plans, M. Macron veut reprendre la coopération franco-ivoirienne là où François Hollande l’avait laissée. Avec un invariable credo : aller plus loin. Depuis avril 2011 et le départ de l’ancien président Laurent Gbagbo suite à une guerre civile post-électorale, la présence française s’est vue renforcée dans tous les secteurs. Malgré une situation délicate en Côte d’Ivoire, c’est le même optimisme «hollandien» qui prévaut chez son successeur, avec la volonté de renforcer le statut de premier partenaire bilatéral d’Abidjan.

L’une des économies les plus dynamiques d’Afrique  
L’ancien locataire de Bercy évoque d’abord l’économie ivoirienne, en termes élogieux. «J’ai félicité le président (…) pour ses dernières émissions [de bons du trésor ndlr], qui ont affiché des taux plus faibles que les taux attendus et une souscription en plusieurs devises, ce qui montre bien que la Communauté Internationale perçoit ce dynamisme ivoirien», entame-t-il.

Le prix du cacao au plus bas depuis un an, les grèves de fonctionnaires et les coupes budgétaires n’y font rien, la Côte d’Ivoire reste «après quelques difficultés l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique, avec un taux de croissance supérieur à la moyenne», s’enthousiasme M. Macron, soucieux de participer à «la modernisation de l’économie ivoirienne». «Malgré des chocs intérieurs et extérieurs, nous tenons une croissance de 7% contre 9% sur les dernières années», se félicite son homologue, élogieux envers sa propre bonne gouvernance.

Résultat : les deux pays vont travailler main dans la main pour plusieurs partenariats, à commencer par l’ambitieux projet du métro d’Abidjan, qu’un consortium franco-coréen emmené par Bouygues doit mettre en œuvre ces prochaines années. L’occasion pour Emmanuel Macron de promouvoir la défense de l’environnement et l’Accord de Paris sur le climat, héritage de son prédécesseur. L’occasion, aussi, pour les quelque 800 entreprises françaises installées en Côte d’Ivoire, de dynamiser leurs activités, pour faire face à une concurrence de plus en plus internationale.

Alassane Ouattara dans cour l'Elysée 11 juin 2017
Alassane Ouattara dans la cour de l'Elysée le 11 juin 2017. © GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Situation sécuritaire instable  
L’hôte de l’Elysée, qui avait fait son stage d’énarque à l’ambassade de France au Nigeria, regarde aussi attentivement la situation régionale instable, quitte à donner de sa personne. Il recevait le lendemain, lundi 12 juin, son homologue sénégalais Macky Sall pour parler d’antiterrorisme, puis sera à Bamako début juillet pour la rencontre du G5 Sahel pour parler sécurité dans une région menacée par les groupuscules djihadistes, et enfin à Abidjan en septembre prochain pour un sommet Afrique-Europe très attendu.

En dépit des mouvements d’humeur des forces armées ivoiriennes qui se multiplient depuis janvier dernier, le président français voit en la Côte d’Ivoire «un exemple de sortie de crise réussie, et à ce titre un modèle pour beaucoup, en particulier dans la région». La coopération militaire et des services de renseignement devrait être accentuée, avec davantage de formation du personnel ivoirien. En somme, la même ligne que François Hollande, qui avait maintenu et même renforcé en 2016 la base militaire d’environ 900 hommes des Forces Françaises en Côte d’Ivoire à Abidjan.

Tout comme son ancien mentor, enfin, M. Macron définit autant sa politique par ses annonces que par ses silences sur des sujets délicats, que M. Hollande esquivait aussi en son temps. Silence sur l’incarcération prolongée de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire, silence sur le Président de l’Assemblée Nationale ivoirienne, Guillaume Soro, visé par la justice française. Silence, enfin, sur sa définition des relations franco-africaines, et le controversé système de Françafrique, auquel chacun de ses prédécesseurs sans exception depuis François Mitterrand a affirmé avoir mis fin, sans jamais réellement convaincre.