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Côte d'Ivoire: l'économie est sur un nuage, mais reste fragile

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 20/03/2018 à 09H39

Abidjan dans quartier Plateau.
Une rue du Plateau, le quartier des affaires d'Abidjan, le 16 mai 2017. © SIA KAMBOU / AFP

Malgré sa cacao dépendance dangereuse, l’économie ivoirienne affiche une forme éclatante, et cela depuis la résolution de la crise présidentielle de 2010-2011. La croissance du produit intérieur tourne autour des 7% chaque année, et cela devrait se poursuivre. Mais pour les observateurs les plus critiques, l’économie ivoirienne est toujours trop agricole.


L’économie de l’Afrique de l’Ouest est tirée par quelques pays seulement. Le Nigeria représente plus de 70% du PIB régional et en incluant le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, on atteint 90% des 15 pays de la région. Entre 2012 et 2015, de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest ont enregistré une forte croissance. Mais en 2016, elle a stagné à une moyenne d’environ 0,5%. Le ralentissement a été généralisé, le Nigeria et le Liberia ayant enregistré une croissance négative. Le Nigeria a fortement subi la chute des cours du pétrole, et ceci explique cela.

Dans ce contexte, la Côte d’Ivoire qui connait près de 9% de croissance, fait figure de premier de la classe. La crise présidentielle de 2010-2011 semble bien loin. Depuis cette date, l’économie ivoirienne caracole, enregistrant un +7,6% du PIB en 2017. Et bonne nouvelle, les prévisionnistes annoncent des taux similaires pour les deux années qui viennent.

Camions dans mine d'Agbaoud
Dans la mine d'Agbaoud... © Endeavour Mining

Cela est dû, bien sûr, au rattrapage des années de plomb, mais pas seulement. Les secteurs secondaire et tertiaire tirent vers l’avant une économie qui reste malgré tout agricole avec 20% du PIB, et surtout très cacao dépendante. La fève représente deux emplois sur trois, 15% de la richesse produite et la moitié des recettes d’exportation. Autant dire que quand le cacao va, tout va.  L’activité primaire ivoirienne attire très fortement les investisseurs étrangers.
 
Des signes encourageants
Le port d’Abidjan, premier d’Afrique de l’Ouest, mais aussi les mines, participent également à la croissance. Ainsi, le port devrait être doté d’un second terminal à conteneurs. Le cabinet d’intelligence économique et de conseil Oxford Business Group (OBG) se montre très convaincu par la performance de l’économie ivoirienne. Il parle de «surperformance» qui lui a permis de «rebondir brillamment».

«Les réformes et les politiques récemment mises en œuvre ont redonné confiance à l’économie ivoirienne, avec l’émission réussie d’une euro-obligation», souligne, admirateur, le rédacteur en chef de l’OBG, Oliver Cornock. Les projets en cours, notamment le doublement de la production énergétique, devraient pérenniser cette expansion; selon le cabinet. Un véritable plébiscite de la politique du président Alassane Ouattara, serait-on tenté de dire.
 
Industrialisation en panne
Pas suffisant cependant pour assurer un développement pérenne du pays selon certains économistes. «Cette économie ivoirienne ne pourra pas avoir une croissance dans la durée sur 15 ans si on continue de compter sur le cacao exporté, ou sur la découverte de ressources minières», explique à l’agence de presse Anadolu Agency N'Guessan Coffie José Francis. «Jusqu'à présent, du point de vue de l’industrialisation, on ne voit pas les choses venir», ajoute l’économiste.  
 
L’emploi à la traÎne
Reste l’épineuse question de l’emploi dans le pays. L’annonce d’un taux de chômage de 2,8% par le ministre de la promotion de la jeunesse, Sidi Trémoko Touré, a fait hurler les réseaux sociaux. Dans un pays en voie de développement, ce chiffre ne signifie rien. S’inscrire en tant que chômeur n’apportant aucune compensation. L’annonce d’un taux de chômage bas est juste électoraliste.
 
Déjà en 2014, Bruno Koné, le porte-parole du gouvernement ivoirien annonçait un taux de chômage de 5,3%, corrigé à près du double (9,4%) en tenant compte de «certaines réalités sociologiques de la Côte d’Ivoire». Chiffre une nouvelle fois corrigé à 26,5%, si on intègre les travailleurs ne cherchant pas activement un emploi. En fait, tout se joue dans une économie informelle que définit Edouard Ballo, chroniqueur sur l’Agence de presse régionale qui cite les chiffres d’une enquête emploi. En fait, près de la moitié de la population (43%) serait sans activité. Et neuf emplois sur dix se trouvent dans l’économie informelle.