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Côte d'Ivoire: les alliés de Ouattara revendiquent son fauteuil pour 2020

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 07/08/2017 à 17H48, mis à jour le 07/08/2017 à 18H15

Kouadio Konan Bertin ancien candidat à présidentielle 2015
Kouadio Konan Bertin avait claqué la porte du PDCI en 2015 en dénonçant le soutien apporté par son parti à Alassane Ouattara. Il a rejoint récemment sa famille politique. © Photo AFP/Issouf Sanogo

Qui succédera au président Alassane Ouattara en 2020? A trois ans du scrutin, le débat est désormais engagé au sein de la coalition qui l’a porté au pouvoir. Ses alliés du PDCI revendiquent le fauteuil au nom de l’alternance qui leur aurait été promise. C’est ce qu’explique à Géopolis Kouadio Konan Bertin, ancien candidat indépendant à la présidentielle de 2015.

Le président ivoirien Alassane Ouattara a dû calmer les ardeurs de ceux qui veulent lui succéder à la tête de l’Etat. Il les a interpellés dans son message à la nation délivré le 6 août à Abidjan.
 
«La prochaine élection présidentielle est dans plus de trois ans et elle mobilise déjà beaucoup d’énergie. De tels comportements attisent les tensions au sein de l’alliance au pouvoir…Nous n’avons pas le droit de rajouter des moments de doute aux difficultés que nos populations ont vécues depuis le début de cette année», a déclaré le chef de l’Etat ivoirien.
 
Des propos qui font sourire ses alliés au sein du RHDP, la coalition qui l’a porté au pouvoir. «Il n’y a pas un temps pour parler de la présidentielle. Nous savons tous qu’en 2020 il va y avoir des élections. Nous n’attendrons pas le jour des élections pour en parler. C’est pour cela qu’on y travaille. Et il le sait», rétorque Kouadio Konan Bertin, l’ancien président de la jeunesse du PDCI.
 
«2020 n’est pas négociable»
Lors de la présidentielle de 2015, celui qu’on avait surnommé «le soldat perdu» du parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) avait claqué la porte. Il s’était  présenté comme candidat indépendant contre la décision officielle de son parti qui a soutenu la candidature d’Alassane Ouattara.
 
«Je suis convaincu depuis longtemps qu’on ne peut pas leur faire confiance. Ceux qui y ont cru le découvrent maintenant, à leur corps défendant. Je suis heureux que le président Bédié l’ait compris maintenant et qu’il dise que 2020 n’est pas négociable. Dans l’esprit de tous nos militants, en 2020,  le PDCI-RDA aura son propre candidat».
 

Kouadio Konan Bertin ancien président jeunesse PDCI
Kouadio Konan Bertin, lors d'une interview le 26 juillet 2013 à Abidjan. Il accuse aujourd'hui le camp du président Ouatarra d'avoir un agenda caché en vue de la présidentielle 2020. © Photo AFP/

Le ton a été donné par l’ancien président Henri Konan Bédié en personne. Dans une déclaration faite sur le plateau de TV5 le 17 juin,  il a rappelé son appel lancé en 2015 depuis la ville de Daoukro à soutenir la candidature d’Alassane Ouattara.
 
«L’appel de Daoukro supposait que nous soutenions Monsieur Ouattara, et qu’après son élection, lorsqu’il ne se présentera plus aux élections, le RDR passerait la main au PDCI, a déclaré l’ancien président ivoirien.
 
«Ils ne sont pas venus là pour deux mandats»
Kouadio Konan Bertin en est convaincu, le parti d’Alassane Ouattara a un agenda caché et ne s’inscrit pas du tout dans la logique de l’alternance.
 
«Ils nous l’ont ouvertement signifié par des voix bien autorisées au parti. Ils ne sont pas venus là pour juste deux mandats. Le porte-parole du RDR le chante à longueur de journée. C’est même un refrain dans leur camp. Bédié a consenti beaucoup de sacrifices au nom de la paix pour la Côte d’Ivoire. Je crois qu’il est temps que les autres aussi fassent leur part de sacrifices».
 
C’est dire que la coalition qui a contribué à l’accession d’Alassane Ouattara au pouvoir risque de voler en éclats. Quoi qu’il en soit, affirme Kouadio Konan Bertin, les militants du PDCI ne peuvent plus accepter qu’ils n’aient pas leur propre candidat à la prochaine élection présidentielle.
 
«Les Ivoiriens se regardent en chiens de faïence»
Une élection qu’il souhaite apaisée pour tourner définitivement la crise postélectorale qui a profondément divisé les Ivoiriens.
 
«Vous savez, chez nous au village, quand on veut réconcilier deux frères, on les appelle sous l’arbre à palabres. Et devant la chefferie et les villageois, tous les deux prennent la parole pour s’expliquer. Ce n’est qu’après les avoir écouté que la chefferie se retire et analyse avant de prendre une décision. On ne peut pas chasser un des belligérants du village et prétendre qu’on est réconcilié. La paix ne se gagne pas par la force», confie-t-il à Géopolis.
 
Kouadio Konan Bertin  observe que la «justice des vainqueurs» n’a pas permis une véritable réconciliation en Côte d’Ivoire.
 
«Il est clair que depuis six ans que nous l’avons expérimentée, nous avons là les résultats sous nos yeux. Est-ce-que nous sommes aujourd’hui un peuple réconcilié? Je dis non, les Ivoiriens vivent toujours côte à côte et se regardent en chien de faïence. Et ce ne sont pas les agressions et les attaques de commissariats à longueur de journée qui me diront le contraire», affirme-t-il.
 
Il appelle par conséquent le président Ouattara à rassembler les ivoiriens et à poser des actes que beaucoup attendent : la libération de tous les prisonniers politiques et l’amorce d’un dialogue franc avec ses adversaires politiques du Front Populaire Ivoirien, le parti de l’ancien président Laurent Gbagbo dont il souhaite le retour au pays.