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Côte d'Ivoire: les inondations catastrophiques de la saison des pluies à Abidjan

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 20/06/2018 à 12H23, mis à jour le 20/06/2018 à 12H23

Après passage inondations à Abidjan 19 juin 2018.
Après le passage des inondations à Abidjan le 19 juin 2018. © REUTERS/Luc Gnago

Au moins 15 personnes ont été tuées dans des inondations causées par des pluies torrentielles qui se sont abattues sur Abidjan dans la nuit du 18 au 19 juin 2018. Les dégâts matériels sont «particulièrement importants». Un lourd bilan déjà enregistré les années précédentes en pleine saison des pluies dans la capitale économique ivoirienne.


«115 personnes ont été secourues par les sapeurs-pompiers militaires et la Marine nationale» pendant la nuit, «appuyés par la population», a indiqué le ministre ivoirien de l'Intérieur, Sidiki Diakité, à l'issue d'une réunion de cellule de crise interministérielle sans préciser s'il y avait des blessés. Les pompiers ont été «très sollicités en dépit de leurs moyens limités», a précisé Jeune Afrique. Problème: les secours éprouvent souvent des difficultés «à s’organiser ou tardent à intervenir», du fait notamment de moyens techniques insuffisants et d’une question «de leadership au niveau des structures impliquées».   

Vidéo de France 24 mise en ligne le 19 juin 2018.

Des «pluies torrentielles» sont tombées sans interruption «de 23 heures (…) à 6 heures» le jour suivant sur Abidjan, a précisé le ministre de l’Intérieur.

Le niveau de l'eau est monté jusqu'à 2,50 mètres dans des maisons, selon des témoignages d'habitants rapportés par le ministre. «Des habitants étaient perchés sur le toit des maisons», «des véhicules sous les eaux», a rapporté le directeur général de l'Office national de la protection civile, Fiacre Kili.

Dans rue d'Abidjan après inondations 19 juin 2018
Dans une rue d'Abidjan après les inondations le 19 juin 2018 © SIA KAMBOU / AFP

Plusieurs quartiers d'Abidjan ont été frappés: on compte huit morts dans la commune de Cocody (trois dans le quartier d'Akouedo, trois à Alabra dont un bébé, deux à Riviera Palmeraie), deux dans la commune populaire de Yopougon (quartier Mossikro), un mort à Adjamé (quartier Paillet), selon un décompte partiel du ministre de l'Intérieur.

Dans le quartier Riviera 3 à Cocody, des murs de clôture étaient effondrées, de nombreuses maisons ont été inondées. Des dizaines de véhicules ont été emportés par les eaux. 

«Je n'ai jamais vu ça de ma vie», a témoigné un habitant. Celui-ci a vu sa voiture emportée à 600 mètres de son domicile.

Certaines rues sont ainsi devenues de véritables torrents.

Répétition des catastrophes
Le Premier ministre ivoirien Amadou Gon Coulibaly a noté la répétition de ce type de catastrophe à chaque saison des pluies, de mai à juillet. En 2017, les pluies avaient fait 15 morts entre mai et juin à Abidjan. En juin 2015, 16 personnes étaient mortes. Et le 19 juin 2014, 23 personnes avaient péri dans des glissements de terrain. Le plus lourd bilan remonte au 29 mai 1996, où des pluies diluviennes avaient fait 28 morts à Abidjan.

Traversée d'une rivière après pluies torrentielles à Abidjan en mai 2017
Traversée d'une rivière après des pluies torrentielles à Abidjan en mai 2017 © ISSOUF SANOGO / AFP

«Les zones à risque, nous les connaissons, ce sont toujours les mêmes quartiers», avec «des constructions sur des bassins d'orage ou des bassins versants», a déclaré le Premier ministre. Il faut «des prévisions météo plus fines», pour «avertir les populations au moins 24 heures à l'avance», afin qu'elles évacuent leurs logements, a-t-il plaidé. «Des travaux d'assainissement sont en cours mais il faut du temps avant qu'ils ne produisent leurs effets», a-t-il estimé.

Construite autour de lagunes bordant la mer, la principale ville de Côte d’Ivoire compte environ 5 millions d'habitants et comporte de nombreuses zones inondables. 

Métropole ouest-africaine en croissance continue, Abidjan pâtit d'infrastructures défaillantes, en particulier pour les égouts et la gestion des eaux. «Entre constructions anarchiques tolérées par les autorités pour des raisons diverses (dont la corruption), incivisme des populations encouragé par l’impunité, absence d’un plan pratique d’urbanisation ; les causes des inondations sont nombreuses», note Jeune Afrique.