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Coupe du monde 2018: Aliou Cissé, le capitaine devenu sélectionneur du Sénégal

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 19/06/2018 à 09H34

Aliou Cisse
Aliou Cissé lors d'une conférence de presse en janvier 2017. © KHALED DESOUKI / AFP

Peu d’équipes peuvent se targuer d’avoir leur ancien capitaine comme sélectionneur… C’est le cas du Sénégal avec Aliou Cissé dont le parcours résume les ambitions et les qualités du Sénégal. Pour preuve, il a été le capitaine des Lions de Teranga, qui ont atteint les quarts de finale de la Coupe du monde de 2002 (Corée-Japon), difficilement battus par la Turquie lors des prolongations.


Coiffure rasta et sourire généreux, Aliou Cissé est fidèle à son équipe nationale du Sénégal. L’ex-capitaine de l’équipe héroïque du Mondial de 2002, qui avait vu le Sénégal infliger une défaite mémorable aux champions du monde sortant, les Français de Zidane, s’est naturellement tourné vers le métier d’entraîneur à la fin de sa carrière de joueur. Seize ans après le parcours remarquable des Lions de Teranga, c’est lui qui a la lourde charge de mener ses joueurs en Russie.

Cissé comme Deschamps ou Beckenbaueur?
La reconversion de meneur sur le terrain en sélectionneur n'est pas une tâche facile, comme le sait Didier Deschamps qui entraîne les Bleus depuis 2012. Seuls le Brésilien Mario Zagallo et l'Allemand Franz Beckenbauer ont réalisé l'exploit de remporter le tournoi en tant que joueurs, puis d'entraîneurs.


Aujourd'hui, le Sénégal a les yeux tournés vers son ancien capitaine. Dans son nouveau boulot, Aliou Cissé sait qu'il doit aussi compter sur la chance. Comme lors du tirage au sort des groupes de cette Coupe du monde en Russie qui ne s'est pas montré trop dur pour les Sénégalais.  Ils doivent en effet affronter la Pologne, la Colombie et le Japon. Un groupe considéré comme ouvert qui pourrait se jouer lors de la rencontre Sénégal-Pologne, le 19 juin.

Il est tellement fidèle à cette équipe qu’il a demandé à ses anciens coéquipiers Tony Silva, Omar Daf et Lamine Diatta d’accompagner les Lions de Teranga au prochain Mondial. Son idée: retrouver la dynamique de l’équipe de 2002.
 
Le football, il connaît. A 42 ans (il est né le 24 mars 1976 à Ziguinchor), l'homme aux dreadlocks a d’abord été un joueur reconnu. Ce milieu de terrain a évolué en France (PSG, Montpellier, Sedan et Nîmes) et en Angleterre (Birmingham City, Portsmouth). A son poste de sélectionneur, il a succédé au Français Alain Giresse.

Jeu trop défensif ?
Comme tout titulaire de ce poste, il n’échappe pas aux critiques. Certains de ses ex-compagnons de jeu, comme El Hadji Diouf et Khalilou Fadiga, «lui reprochent entre autres de proposer un jeu trop défensif ou d’être "trop têtu.  Il y a pire critique pour un entraîneur que d'être considéré comme têtu. En revanche, l'accusation d'être trop défensif est plus problématique, surtout après le match nul subi en préparation contre le Luxembourg et la défaite face à la Croatie. 


Pourtant, pour ce Mondial 2018, le sélectionneur semble avoir privilégié l’esprit offensif. Pour cela, il peut compter sur des poids lourds, avec notamment la star de Liverpool Sadio Mané, que l’on a vu briller en finale de la ligue des champions et d'autres attaquants de qualité comme Keita Baldé (AS Monaco) et Kalidou Koulibaly (Lazio Rome).  

Les Sénégalais évoluant dans le championnat anglais sont d’ailleurs légion dans la sélection nationale, tout comme ceux participant au championnat français. Un seul sélectionné joue en Afrique, le gardien Serigne Khadim N'Diaye. 

Côté palmarès, Aliou Cissé peut s’enorgueillir d’avoir mené ses joueurs en Russie grâce à un parcours sans faute lors des éliminatoires traversés sans une seule défaite. En revanche, il ne peut capitaliser sur la dernière CAN (Coupe d’Afrique des Nations) lors de laquelle le Sénégal a été éliminé en quart de finale (aux tirs au but par le Cameroun).

Sofoot voit en lui «un sélectionneur jeune, charismatique et donc capable de fédérer un groupe autour de lui. Ex-adjoint de l’équipe olympique à Londres, il donne le pouvoir à la génération de Sadio Mané, Idrissa Gueye et Moussa Konaté, au détriment de Papiss Cissé ou Demba Ba, et fait de Cheikhou Kouyaté son capitaine. Après des débuts timorés, les Lions confirment lors de la CAN 2017 qu’ils ont retrouvé leur mordant, terminant en tête de leur groupe devant la Tunisie et l’Algérie et butant sur le futur lauréat camerounais en quarts.»


Aliou Cissé, le sélectionneur le moins payé du Mondial
Mais l'entraîneur a une forte pression sur les épaules. 14 millions de sélectionneurs le surveillent et «l’attente est grande dans les rues de Dakar. Une image pour le prouver: les milliers de supporters dans les tribunes du stade Léopold Sedar Senghor pour l’ultime entraînement au pays. Cette séance marquait la fin d’un premier stage débuté le 21 mai. Outre les millions de Sénégalais, les hommes d’Aliou Cissé peuvent compter sur le soutien des leaders du pays. Le jeudi 24 mai, ils ont reçu le drapeau du Sénégal des mains de Macky Sall. Le président a appelé les joueurs à ne se fixer aucune limite», rappelle Football365.

L'entraîneur ne sortira pas milliardaire de l'épreuve. Selon une enquête du média néerlandais Zoomin TV cité par la BBC, le sélectionneur des Lions serait le coach le moins payé du Mondial. «L'entraîneur le moins bien payé du Mondial 2018 est du Sénégal. Aliou Cissé ne touche "que" 200.000 euros par an soit 17,5 fois moins que Joachim Löw», l’entraîneur allemand qui serait le mieux payé (3,8 millions d’euros annuels; Deschamps 3,4). Mais le président Macky Sall lui aurait offert une BMW. 

Aliou Cissé a une autre «qualité». Il est un des rares nationaux à entraîner son équipe en Afrique. «Le Sénégal 2018 pourrait bien être la preuve définitive que les sélections africaines n’ont pas besoin de sorcier blanc pour trouver une alchimie et réussir. Cette équipe a du talent à revendre, des joueurs de top-niveau à chaque ligne et de l’envie. Tous les ingrédients nécessaires pour passer de poil à gratter de la compétition à outsider sérieux de la Coupe du monde», notait TV5.

Une qualité qu'il revendique: «C’est une fierté. Cette qualification, je la dédie aux entraîneurs locaux, à mes collègues qui travaillent tout le temps. J’ai reçu des coups de fils d’un peu partout du continent pour m’encourager et m’exprimer leur fierté. J’ai toujours cru qu’on est capable de faire des choses. Il y a de très bons techniciens ici, capables de mettre en place des stratégies. A travers moi, c’est l’expertise locale qui grandit (...). C’est une fierté pas pour moi mais aussi pour tous les techniciens africains.»

Il lui reste à prouver sur le terrain que son équipe est «la meilleur d'Afrique». Le compliment vient de l'entraîneur croate Zllatko Dalic.