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Crise de la dette: l'Afrique pourrait replonger

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 08/09/2018 à 17H52, mis à jour le 08/09/2018 à 18H05

53 chefs d'Etat gouvernement africains ont assisté au sommet Chine-Afrique
53 chefs d'Etat et de gouvernement africains ont assisté au sommet Chine-Afrique à Pékin. © ANDY WONG/ Afp

Principal résultat du sommet Chine-Afrique qui vient de se terminer à Pékin, Xi Jinping a promis 60 milliards de prêts. Entre 2000 et 2016, Pékin a prêté à l'Afrique plus de 125 milliards de dollars. A cela s'ajoute les prêts de la Banque africaine, de la Banque mondiale..., sommes qu’il faudra un jour rembourser. Mais où en est la dette africaine depuis le grand désendettement des années 2000?


Xi Jinping a promis une nouvelle enveloppe de 60 milliards de dollars répartie entre investissements et prêts supplémentaires, dont 15 milliard de prêts sans intérêts.

Ces fonds serviront à construire les infrastructures nécessaires au développement de ces pays, mais une chose est sûre, la dette monte de nouveau et elle se focalise sur un prêteur principal: la Chine. Soucieux de désamorcer les critiques, le président chinois a assuré que la Chine «annulerait» une partie de la dette des pays les moins développés, enclavés ou insulaires, du continent africain.

Globalement, la dette publique du continent se situait à 45% du PIB fin 2017. Dans le rapport Africa Pulse 2017 de la Banque mondiale, 11 des 35 pays à faible revenu que compte l'Afrique subsaharienne sont classés comme étant à haut risque de surendettement. 40% de l'ensembe des pays africains, selon le FMI.

Endettement: le retour
Une situation pas encore inquiétante, selon le président de la Banque africaine de développement (BAD) Akinwumi Adesina, même si la situation financière se dégrade rapidement pour certains pays.

Dès 2017, le Mozambique s’est déclaré en défaut de paiement. Le gouvernement a été contraint de dévoiler l’existence d’une dette occultée de 1,8 milliard d’euros, souscrite par les entreprises publiques.

En août 2017, même scénario pour le Congo dont la dette a été réévaluée à 120% du PIB (contre 77% annoncé par le gouvernement) par le FMI.

Au Ghana, le gouvernement du président Nana Akufo-Addo doit assumer la dette laissée par son prédécesseur, soit environ 80% du PIB. Djibouti est passé de 50% à 85% en à peine deux ans.

La situation n’est guère meilleure au Nigeria où 60% des recettes de l’Etat vont au paiement du service de la dette, pénalisant les investissements publics.

C’est pourquoi le FMI estime que les Etats africains devraient commencer un programme de sevrage (notamment sur les obligations, aux taux d'intérêts élevés).

Selon la BAD, la recherche de financements sur le marché des capitaux est une bonne chose, à condition d’obtenir des emprunts à des taux moins élevés (12% en moyenne en 2017, selon le FMI) ainsi que des échéances un peu plus longues pour les remboursements

Ces pays, auxquels il faut ajouter la Zambie, pourraient rencontrer dans les prochains mois de grandes difficultés à rembourser leurs dettes externes contractées auprès des marchés.

Selon l’agence de notation Moody’s, le risque financier va s’accroître avec le «pic de maturité» de la dette internationale au début de la prochaine décennie, les emprunts extérieurs devant être remboursés.

La bonne santé des économies africaines fluctuent également avec les cours des matières premières. L’Angola, deuxième économie pétrolière au sud du Sahara, est devenu vulnérable avec la baisse des prix du pétrole ces dernières années. Les pays africains sont particulièrement sensibles aux fluctuations des cours des matières premières et aux taux d'interêts (annoncés en hausse aux Etats-Unis).

La Chine, premier contributeur
L'Empire du Milieu est aujourd'hui le principal créancier des Etats africains. Près de 70% de la dette publique bilatérale camerounaise est détenue par Pékin. Même situation au Kenya, où la Banque mondiale a pointé du doigt l'appétit du pays pour les prêts chinois. 53 pays africains étaient présents début septembre 2018 à Pékin, de nombreux chefs d'Etat font régulièrement le voyage en Chine.

Pour couvrir ses besoins en matières premières et pour écouler ses productions, la chine à établi un système bien rodé: la China Exim Bank, principale banque publique à l’exportation, propose des prêts pour financer un programme d'infrastructures qui seront réalisées par des firmes chinoises. Un tel accord donne le plus souvent à une compagnie nationale chinoise, en contrepartie du prêt, la possibilité d'investir comme opérateur dans l'exploitation de ressources pétrolières, gazières, minières ou agroalimentaires. Une sorte de garantie sur la dette.

Les fonds vautours sont de retour
Une trentaine de pays africains seraient de nouveau sous la menace des fonds vautours qui rachètent les dettes à bas prix avant de demander en justice le remboursement de la dette à sa valeur initiale. Des procès que les fonds vautours gagnent 3 fois sur 4.

Cette situation inquiète. Elle fait penser à la situation qui prévalait avant la dynamique enclenchée par l'initiative Pays pauvres très endettés (PPTE), initiée en 1996 sous l’égide du FMI et de la Banque mondiale et conçue comme une solution aux crises répétées de surendettement des pays africains.

D’ores et déjà, plusieurs Etats, tels que le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Ghana, le Rwanda et le Kenya ont fait le choix de repasser sous les fourches caudines du FMI et d’entrer dans des programmes de gestion drastique pour maintenir une trajectoire viable, préserver leur crédibilité et un accès à la finance internationale. La marge de manœuvre reste très étroite.