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Syrie,  Irak,  Moyen-Orient

Daech, Syrie, Irak: le manque d'optimisme des services secrets

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 15/05/2017 à 09H36

Des combattants Daech dans rues Raqqa juin 2014
Des combattants de Daech défilent dans les rues de Raqqa (Syrie), le 30 juin 2014.  © Reuters

«La situation en Irak laisse peu de place à l’optimisme»... C'est ainsi que commence le résumé d'une conférence tenue par les services secrets français et canadien dont le résumé est publié par le site internet des renseignements canadiens. Dans ce texte, les auteurs, anonymes, analysent la situation en Irak et en Syrie et les risques potentiels. Eclairant.


Le texte est publié sur le site du Service canadien du renseignement de sécurité. Il s'intitule Comprendre l'après-Daech. «Le présent rapport est fondé sur les opinions exprimées par les participants et les exposants, de même que sur de courts articles offerts par les exposants à l’occasion d’un atelier organisé par le Service canadien du renseignement de sécurité dans le cadre de son programme de liaison-recherche, ainsi que par Interaxions, le cercle de réflexion de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure en France», précise le site qui ajoute qu'il ne s'agit pas d'un «document analytique et il ne représente la position officielle d’aucun des organismes participants».

Cela dit, le texte donne une vision assez pessimiste de la situation politique dans la région, malgré les changements militaires en cours. Voici quelques citations tirées de ce texte issu donc des réflexions du Service canadien du renseignement de sécurité et du think tank de la DGSE française . 

SIte Service canadien renseignement
SIte des Service canadien du renseignement  © dr

Sur l’Irak
«La situation en Irak laisse peu de place à l’optimisme. Selon un conférencier, la libération de Mossoul aura probablement lieu en 2017, événement qui soulèvera toutefois autant de problèmes qu’il en résoudra.»
 
Sur la Syrie
«Le régime de Bachar al-Assad en Syrie, qui apparaissait pourtant vulnérable il y a quatre ans, est aujourd’hui en meilleure posture qu’à aucun moment depuis 2011, grâce aux interventions russe et iranienne. Ces appuis extérieurs ont permis de compenser les faiblesses majeures, au sol et dans les airs, de la machine militaire du gouvernement syrien. De plus, l’opposition est désorganisée et fragmentée, et ne pose donc pas une menace stratégique à la survie du régime Assad.»
 
Sur les attentats
La «campagne d’Europe» de Daech est antérieure aux bombardements de la coalition, qui ont commencé en août 2014. Elle est donc préméditée, et non pas lancée en guise de représailles.»
 
Sur l’avenir en Irak
«En Irak, d’abord, la menace posée par Daech depuis 2014 a poussé le gouvernement à Bagdad et le gouvernement régional du Kurdistan à mettre de côté, temporairement, plusieurs de leurs nombreux différends. Cependant, l’affaiblissement de Daech est de nature à distendre les liens entre le pouvoir central et les autorités kurdes et à provoquer, à terme, une réémergence des conflits qui avaient été plus ou moins subordonnés, depuis 2014, à la lutte contre cet ennemi commun. Plusieurs conflits latents depuis trois ans risquent donc de refaire surface en Irak en 2017 et en 2018, notamment entre Kurdes et chiites, et entre les deux principaux partis politiques kurdes.»
 
Sur l’avenir en Syrie
«Malgré les succès du régime d’Assad et les difficultés de l’opposition, une solution politique et militaire au conflit demeure peu probable. Le conflit risque donc de se figer.»
 
Sur l’avenir de Daech
L'«environnement va demeurer propice – en raison de la guerre en Syrie et de la dysfonction politique en Irak – à l’épanouissement de groupes extrémistes sunnites, que ce soit Daech ou une nouvelle mouture. Malgré l’affaiblissement de Daech, la campagne d’Europe du groupe risque de perdurer même après la chute du califat. En effet, le groupe a réussi à implanter des cellules dormantes sur le continent qui vont survivre à son projet territorial au Moyen-Orient.»

«L’aliénation des sunnites en Irak et en Syrie, qui a été l’une des causes principales de l’émergence de Daech, risque de perdurer bien au-delà de l’affaiblissement du groupe. Les sunnites vont vraisemblablement demeurer hors du jeu politique aussi bien en Syrie qu’en Irak, rendant les régions à majorité sunnites des deux pays vulnérables à des groupes extrémistes, que ce soit Daech ou un groupe successeur.»