Portrait

Les aspirations européennes des Indignés espagnols, une nouvelle voix au Parlement européen.

Par Florence Grandon@GeopolisAfrique | Publié le 19/07/2014 à 11H20, mis à jour le 28/11/2014 à 10H12

Ils sont 5 membres du parti Podemos (« nous pouvons » en espagnol) présents dans l’hémicycle européen. 5 indignés, 5 parcours différents.

Avant les élections européennes, le visage de Pablo Iglésias Turrion était déjà très connu. Figure majeur du Mouvement des Indignés, professeur intérimaire de sciences politiques à l’université Complutense de Madrid, il est aussi animateur régulier de l’émission de télévision La Tuerka, diffusée sur Internet et sur la TNT. Il est à l’origine de des règles d’engagement qu’ont du signer les candidats aux élections européennes sous l’étiquette Podemos, notamment l’obligation de donner une partie de leurs indemnités d’eurodéputés à des associations et organisations non gouvernementales. Tout nouveau au Parlement européen, il a été choisi par son euro-groupe la Gauche unitaire européenne (GUE/NGL) comme candidat à la présidence du Parlement européen, face au président sortant, Martin Schultz pour les Socialistes et Démocrates (S&D), réélu sans surprise.

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Pablo Iglesias Turrion, membre du parti Podemos. © EP 2014
 
Teresa Rodriguez-Rubio Vazquez est professeur d’espagnol et de littérature dans le secondaire, elle est aussi syndicaliste. C’est une militante de la « Marée verte », le mouvement de défense de l’éducation publique face à l’austérité et aux menaces de privatisation. Très énergique, elle a conservé son ton et sa ferveur, qu’elle s’exprime dans les rues de Madrid ou en plein hémicycle européen.
 
Carlos Jimenez Villarejo est un ancien procureur anticorruption.
 
Lola Sanchez Caldentey est une jeune diplômée en sciences politiques. Elle a accumulé des petits boulots, et était au chômage pendant la campagne pour les élections européennes.
 
Pablo Echenique Robba est un scientifique tétraplégique. Il est docteur en physique et chercheur au CSIC (l’équivalent du CNRS), un organisme public au bord de la faillite après des coupes budgétaires. Il collabore régulièrement pour le journal en ligne eldiario.es.
 

A l’origine de Podemos : Indignados

Leur parti a été créé en janvier 2014 (les statuts ont été officiellement déposés le 11 mars 2014), à la suite des grandes manifestations spontanées du Mouvement des Indignés (« Indignados », nom donné par les médias aux manifestants, d’après le manifeste de Stéphane Hessel, Indignez-vous), appelé aussi le Mouvement 15M (en référence à la première grande manifestation qui a eu lieu à la Puerta del Sol à Madrid, le 15 mai 2011).
 
Assemblées non-violentes sans porte-parole
 
Les indignés dénoncent l’impasse sociale, économique et politique dans laquelle se trouve l’Espagne et les dramatiques conséquences de la crise économique mondiale : un chômage massif et à un délitement de tous les services publics, les uns après les autres. Ils dénoncent également le bipartisme politique espagnol : le Parti populaire (PP) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) se partagent le pouvoir depuis des décennies, sans réformer la société. Lors d’assemblées populaires, sur les places des grandes villes espagnoles, les citoyens s’expriment et débattent de sujets de fonds, avec l’espoir de changer les choses.
 
Leurs tracts sont les réseaux sociaux
 
Les indignés ont pour la plupart entre 20 et 35 ans et ils sont en permanence sur les réseaux sociaux, pour relayer les informations et les débats, pour communiquer et s’organiser. Plus de 654 000 personnes les suivent sur Facebook, plus de 298 000 abonnés sur twitter, le mouvement relaie désormais les moindres faits et gestes des 5 eurodéputés : photos, vidéos, réactions à chaud sur le net pendant les sessions du Parlement, toute leur vie publique se retrouve quotidiennement sur le net.
 
Ascension fulgurante
 
Résultats aux élections européennes de mai 2014 : Podemos devient le 4e parti espagnol et envoie 5 députés au Parlement européen. Les petits partis tirent leur épingle du jeu cette fois-ci, et les 2 partis traditionnels perdent chacun 7 eurodéputés. Une ascension fulgurante suivie de près par les autres parties d’extrême-gauche européens, à commencer par le Front de Gauche en France. 
 

Depuis 2011, des cercles Podemos ont vu le jour dans de nombreuses capitales, à l’initiative des espagnols expatriés qui voulaient aussi avoir leur mot à dire. De nombreux jeunes diplômés ont en effet dû partir dans d’autre pays européens, aux Etats-Unis, au Canada pour trouver un emploi en adéquation avec leurs diplômes, après de nombreux mois de chômage ou de petits boulots en Espagne. La journée mondiale des Indignés a lieu désormais le 15 octobre. Réunions, marches, campements ont toujours lieu régulièrement à la Puerta del Sol. L’objectif des Indignés et de Podemos désormais c’est de gagner les prochaines élections générales en Espagne, qui devraient avoir lieu à l’automne 2015, mais pourraient être avancées par le chef de gouvernement actuel en raison des tensions fortes qui agitent le pays.