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Syrie,  Moyen-Orient

Des «brigades internationales» contre Daech chez les Kurdes de Syrie

Par Pierre Magnan@GeopolisFTV | Publié le 17/04/2017 à 12H16

Forces américaines au nord Syrie
Forces américaines au nord de la Syrie, dans la zone tenue par les combattants kurdes (3 mars 2017). © DELIL SOULEIMAN / AFP

On est loin des dizaines de milliers de combattants des Brigades internationales de la Guerre d'Espagne, mais l'Allemagne a indiqué le 10 avril 2017 que plus de 200 volontaires sont partis d'Allemagne depuis 2013 pour combattre aux côtés des milices kurdes en Syrie et en Irak. Le chiffre n'est pas négligeable surtout que des combattants d'autres pays sont aussi partis combattre Daech en Syrie.


Sur ces 204 combattants partis d'Allemagne, 69 sont de nationalité allemande, indique une note du ministère en réponse à une question parlementaire sur ce sujet délicat, notamment pour les relations germano-turques. L’Allemagne compte une importante immigration venue de Turquie. 

Berlin, tout en dissuadant de rejoindre une zone en guerre, n'empêche pas ces volontaires de quitter le territoire pour se rendre en Syrie et estime par ailleurs que leur retour en Allemagne ne pose aucune menace sécuritaire, «contrairement à ceux qui reviennent des zones sous contrôle des islamistes en Syrie/Irak». 

L'Allemagne estime que trois combattants partis d’Allemagne sont morts au combat, dont un aurait été tué par un bombardement turc.

Des combattants venus d'Europe et d'Amérique
Combien sont ces «brigadistes» venus soutenir les Kurdes en lutte contre Daech? Pas nombreux. Quelques centaines au maximum. Ces volontaires qui combattent dans les rangs des FDS, les Forces Démocratiques Syriennes, composées essentiellement de Kurdes (YPG, considéré souvent comme proche du PKK opérant en Turquie), mais aussi d’Arabes opposés à Daech et de chrétiens syriaques, ne viennent pas que d’Allemagne.

De nombreux témoignages font état de volontaires venus d’autres pays d’Europe, dont la France, mais aussi d’Amérique.

Reportage de France 2 diffusé le 18 février 2017


En témoigne un long reportage du magazine Rolling Stone, en février, dans lequel le journaliste Seth Harp relate l'histoire de volontaires occidentaux, notamment américains, venus rejoindre le groupe YPG, la milice kurde, pour combattre les djihadistes sur le terrain, en Syrie. Un film pourrait être tiré de ce reportage The Anarchists vs ISIS. 

L’image des FDS n’a rien à voir avec celle de Daech. Les militants kurdes qui forment l’ossature de ce mouvement sont proches des thèses révolutionnaires marxistes traditionnelles pour la construction d’une société laïque et égalitaire. La mythologie chère aux révolutionnaires du monde entier fonctionne à plein. Rien à voir donc avec le combat totalitaire et religieux de Daech, comme le montre ce témoignage d'un combattant français des YPG qui explique la raison pour laquelle il a décidé de rejoindre la bataille contre Daech.


Le journaliste Seth Harp évoque le coté idéaliste et militant des combattants en parlant d'«un groupe d'environ 75 gauchistes, anarchistes et communistes d'Europe et d'Amérique, dont Brace Belden, luttant pour défendre une enclave socialiste à peu près de la taille du Massachusetts».

Un engagement pas simple car comme le montre le reporter dans son article, il n'est pas simple d'entrer dans cette région tenue par les Kurdes, appelée Rojava, soutenue militairement par la coalition dirigée par les Américains. Une région encerclée de toute part et que même les Kurdes irakiens verrouillent «sous pression de la Turquie».


Autour de ces combats et de ces volontaires, se construit une imagerie révolutionnaire plus ou moins fantasmée, comme le montre la constitution d'une brigade qui porterait le nom de l'ancien dirigeant de la CGT Henri Krasucki, qui fut aussi (et surtout) un combattant FTP-MOI pendant la Seconde guerre mondiale. «Les combattants figurant sur la photo sont "cinq camarades CéGéTistes" qui se sont joints à la première"brigade syndicaliste" arrivée sur place. Cette dernière est constituée de cheminots britanniques de la RMT (National Union of Rail, Maritime and Transport Workers) qui ont donné à leur bataillon le nom de Bob Crow, figure de ce syndicat» précisait Libération en évoquant le message un brin surréaliste écrit sur le mur en soutien aux syndicalistes... d'Air France.

Loin de la Guerre d'Espagne
Le journaliste de Rolling Stones raconte comment «en octobre 2014, une cohorte de communistes italiens ont rencontré des officiels de Kobané en exil avec l'idée de faire du bénévolat médical». Cet engouement pour la cause kurde avait été mis en valeur par une BD italienne qui a connu un énorme succès, Kobane Calling.

«"C'était la première équipe internationaliste", a déclaré Franceschi, un militant italien, me montrant une photo de lui-même à Kobané aux côtés d'un anarchiste espagnol, d'un Kurde britannique et de Keith Broomfield, le premier Américain qui est mort dans les rangs des YPG», ajoute Seth Harp.

Les YPG ont d'ailleurs dressé une sorte de monument aux morts virtuel pour ses combattants étrangers, en affichant une page internet qui leur est dédiée.

Hommage à l'Américain Michael Israël mort au Kurdistan syrien en 2017 (en anglais)


Au cours de la guerre civile espagnole, quelque 60.000 étrangers se sont battus pour la République, rappelle désabusé le militant italien Franceschi, alors qu’au Rojava «les volontaires occidentaux sont une plaisanterie quand tu sais que Daech compte des dizaines de milliers de combattants venus du Moyen-Orient et des milliers d'Europe. Alors, qu'est-ce que cela dit de nous?»

Mais les forces kurdes peuvent pour l'instant compter sur des forces internationales bien plus efficaces que les volontaires étrangers. Elles sont en effet soutenues par les avions de la coalition et des forces spécialies, américaines notamment, lourdement armées. De quoi leur permettre d'avancer sur Raqqa.