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Des transports plus accueillants pour les handicapés

Par Clara Crochet-Damais@GeopolisAfrique | Publié le 24/12/2014 à 11H44, mis à jour le 24/12/2014 à 11H49

Aménagement pour handicapé dans bus
Selon l’Union des Transports Publics et ferroviaires, les bus et autocars ne seront pas tous accessibles en 2015 en France à cause des difficultés de gestion des aménagements de l’espace public géré par les collectivités locales : adaptation des quais, trottoirs, etc. © Elohim-Carrau

Aujourd’hui en France, qu’en est-il pour celui ou celle qui se déplace en fauteuil roulant et qui aspire à ce simple souhait d’aller faire ses courses de fin d’année en autobus ? Et s’il lui prenait la même envie en Europe, à Berlin, Madrid ou Rome ? Y a-t-il une géopolitique du handicap face aux transports en commun ? Géopolis fait le point.


Plancher bas, palette d’accès, espace sans poteaux, annonces sonores et visuelles… L’autobus est un monde. Un monde qui vit en étroite connexion avec l’extérieur. Dans l’agitation sans cesse fébrile de nos cités, la circulation entre dehors et dedans doit être d’une absolue fluidité. Les portes, quais et couloirs qui donnent «accès aux autobus» font également partie de ce grand tout qu’est le monde des transports en commun. Les autobus dépendent de la voierie et vice-versa. Au beau milieu de cet «échange», le sort réservé aux personnes en situation de handicap semble bel et bien désormais pris en compte, mais comment et jusqu’où ?
 
Le bus et ses étoiles européennes 
D’abord, les textes. Dès 2006, la conférence européenne des Ministres des transports (CMT) publie un important rapport dont le titre est évocateur : Améliorer l’accès aux transports pour tous. En fait, il s’agit d’un guide de bonnes pratiques, dont la problématique handicap et accessibilité occupe une place centrale. Le rapporteur irlandais y affirme haut et fort toute la bonne volonté de son pays, mais il ajoute : «Beaucoup reste à faire…»

Trois ans plus tard, le Parlement européen franchit une étape importante. Il adopte un règlement qui stipule qu’une «personne à mobilité réduite ne peut se voir refuser l’embarquement à bord d’un bateau, d’un bus ou d’un autocar, sauf dans le cas où sa sécurité serait en péril». Le principe d’une non-discrimination à l’accès aux transports en commun est donc ainsi posé au niveau européen. De fait, dans la plupart des pays de l’Union, il avait été déjà largement édicté. En Espagne, par exemple, l’accessibilité est dès 2003 placée au même niveau que l’égalité des chances réservée à tous citoyens. Ainsi, en ce qui concerne notre question des autobus, un arrêté royal en date de 2007 détermine concrètement les bases de l’accessibilité entre autres, aux bus urbains.

Des organisations représentatives des personnes en situation de handicap ont activement participé à la rédaction de ces textes qui engagent toutes les parties prenantes. L’Allemagne aussi s’est prononcée de longue date (2002) en faveur d’une loi sur la «non-discrimination des personnes handicapées». Tout cela se traduit par la mise en œuvre générale d’un «accès sans barrières». Il est même affirmé de façon très solennelle que «ces problèmes – de mobilité réduite – concernent une partie de la population largement supérieure à 20%. Cela fait apparaître que l’action en faveur des personnes handicapées ne doit pas être considérée comme un domaine marginal de l’activité politique». Et d’évoquer le vieillissement de la population allemande, ainsi que son urbanisation. A travers la question de l’accessibilité aux autobus, force est donc de constater que chacun en Europe se pose bien la question du degré de considération accordé à ses citoyens, qu’ils soient en situation de handicap ou pas.
 
Et L’autobus français ?
Pourtant prévue en 2015, la loi handicap de 2005 qui prévoyait «l’accessibilité à tout et pour tous» en France ne sera pas au rendez-vous officiel. On le sait, le gouvernement a prévu la mise en place de délais d’application s’étalant jusqu’en 2024. Pour autant, les transports en commun prennent en compte les difficultés des voyageurs handicapés. 

Avant d’examiner notre bus tricolore, juste quelques chiffres. En 2011, le journal 20 minutes recensait près de 80 millions d’Européens en situation de handicap, soit 15% de la population. Un chiffre qui pourrait aller jusqu’à 40% si l’on tenait compte des tout jeunes enfants ou des personnes âgées. Une façon de réaffirmer à quel point la question de la mobilité réduite affecte l’ensemble de nos sociétés.

Est-ce l’effet d’une réelle prise de conscience ? En tout cas, 90% du parc des autobus français sont désormais accessibles. Sur 121 réseaux, 109 sont équipés de l’indispensable plancher bas. Le renouvellement du matériel roulant a eu lui aussi ses effets bénéfiques. Plus de 60% des engins disposent de dispositifs d’annonce visuelle et sonore des arrêts, ainsi que de palettes d’accès (ou plan incliné) et d’un espace réservé aux fauteuils roulants. Ces chiffres publiés en 2012 proviennent du ministères de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie. 

Fin 2013, le même ministère participe à l’ordonnance redéfinissant le délai d’application de la loi sur l’accessibilité de 2005. «Les collectivités ont obtenu trois ans supplémentaires pour respecter les normes d’accessibilité de leurs transports sous peine d’amende de 2500 à 5000 euros», explique Benjamin Croze, chef du bureau des politiques de déplacement au sein du ministère de l'Ecologie.

La machine administrative française est donc lancée. Mais, il lui faut encore du temps pour parfaire son ouvrage. On a mis en place des «Agendas d’accessibilité programmés». On mène des «études d’impact» avec tous les interlocuteurs du monde des transports, des mairies ou départements, et des usagers en situation de handicap. Car, on l’a vu, il faut aménager l’ensemble de l’espace public, les quais, les trottoirs… Bref, tout ce qui est du domaine des collectivités locales. Et là, les meilleures volontés peuvent se heurter à une vraie difficulté. «Chez nous, en France, confie Anne Meyer de l’UTP (l’Union des Transports Publics et Ferroviaires), le mille-feuilles administratif constitue un gros obstacle !»

Autrement dit, encore un problème d’accessibilité…Très politique celui là.