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Des voitures d’occasion chargées de déchets électroniques européens pour l’Afrique

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 21/04/2018 à 10H10, mis à jour le 21/04/2018 à 16H31

Centre recyclage déchets électroniques au Kenya
Centre de recyclage des déchets électroniques près de Nairobi. Le Kenya est un des rares pays africains à disposer d'un telle usine. © Photo Reuters/Thomas Mukoya

Camouflées dans des véhicules destinés au marché de l’occasion africain, des dizaines de milliers de tonnes de déchets électriques et électroniques atterrissent chaque année dans les ports africains en provenance d’Europe. Tous les moyens sont bons pour écouler ces produits dangereux vers un continent où les services de contrôle sont défaillants. Les exemples du Nigeria et du Ghana sont flagrants.


Une équipe de l’université des Nations Unies a mené l’enquête durant deux ans sur le cas du Nigeria. Ce grand pays ouest-africain est l’une des destinations prisées par les exportateurs européens des déchets électriques et électroniques.

L’enquête menée en 2015 et 2016 a révélé que plus de 41.500 tonnes de déchets électriques et électroniques avaient été déchargés dans les ports nigérians de façon totalement illégale. Ils sont arrivés dans des containers non déclarés, camouflés dans des véhicules destinés au marché de l’occasion africain. 77% de ces produits provenaient de ports de l’Union européenne, principalement d’Allemagne et du Royaume-Uni. Plus de la moitié de ces équipements n’étaient plus fonctionnels.

«Dans le meilleur des cas, notre étude montre qu’au moins 15.600 tonnes d’équipements non fonctionnels sont importés au Nigeria chaque année. Les équipements contenant des substances dangereuses, par exemple le mercure, sont les produits présentant un taux de non-fonctionnalité le plus élevé», ont constaté les auteurs de l’enquête. Ils recommandent la mise en place de certificats de fonctionnalité obligatoires pour le transport des équipements électriques et électroniques usagés.

L’Afrique de l’Ouest dans la ligne de mire
Le Nigeria est loin d’être un cas isolé. Plusieurs pays ouest-africains sont victimes du trafic mafieux qui s’est développé ces dernières années entre l’Europe et le continent.
Les chiffres publiés en 2017 par l’Express sont sidérants. Le journal pointe un trafic mortifère qui croît année après année.

«Sur les 10 millions de tonnes de déchets d’équipements électriques et électroniques produits chaque année par les 28 Etats membres de l’Union européenne, moins d’un tiers ont ainsi été dépollués et recyclés. Le reste va se retrouver pour une bonne partie en Afrique de l’Ouest, particulièrement au Ghana», révèle le journal.

Dans le cimetière ghanéen «des déchets de la honte»
Comme le Nigeria, le Ghana croule sous «ces déchets de la honte». A plusieurs reprises, l’ONG Greenpeace a dénoncé les compagnies internationales qui laissent leurs déchets empoisonner les pays de l’Afrique de l’Ouest. 

Décharge clandestine au Ghana
Brûlés, ces déchets dégagent des fumées extrêmement toxiques. En 2008, Greenpaeace dénonçait déjà l'empoisennement électronique du Ghana. © Photo Greenpeace

Une équipe de la télévision française (France 2) s’y est rendu en 2017. Elle a tourné des images effrayantes dans la banlieue de la capitale Accra. Là-bas, la décharge sauvage d’Agbogboshie ne cesse de grandir. Elle s’étend désormais sur plus de dix kilomètres. On y recycle tout, et surtout les produits électroniques.

«Je récupère tout, l’aluminium, le cuivre et le métal des écrans d’ordinateurs, des postes de télévision… Le métal est ensuite utilisé pour faire des plats de cuisines, le cuivre est utilisé dans l’électronique, tout est recyclé», explique Mohamed Danko, qui passe ses journées à désosser les déchets électroniques qui s’entassent dans la décharge.

Des produits toxiques faussement qualifiés d’équipements d’occasion
Dans cette décharge en plein air, on y trouve toute la gamme d’appareils électroniques et électroménagers désuets et cassés. Des déchets polluants et toxiques manipulés souvent par des enfants sans la moindre protection pour gagner une dizaine d’euros par semaine.

Ce site est devenu l’un des endroits les plus pollués de la planète. Chaque année, cette décharge accueille plus de 40 millions de tonnes de déchets électriques et électroniques. Le reportage de France2 montre des montagnes de téléviseurs et d’ordinateurs en fin de vie.

Arrivés d’Europe et du reste du monde, ces produits toxiques sont faussement qualifiés d’équipements d’occasion. Ils ont une durée d’utilisation très brève avant d’atterrir dans ce cimetière ghanéen.

On y voit des employés brûler des appareils pour récupérer le cuivre ou l’aluminium qu’ils contiennent en inhalant une fumée extrêmement toxique. Les câbles contiennent du plomb qui pollue l’air et les sols de la décharge.

Cachés dans des containers au milieu d’effets personnels 
L’importation de ces déchets est théoriquement interdite au Ghana. Mais ils arrivent quotidiennement dans le port d’Accra. La plupart du temps cachés dans des containers au milieu d’effets personnels. Face à la camera de nos confrères de France2, les responsables du port ont avoué leur impuissance. «Impossible d’ouvrir chaque carton pour voir ce qu’il y a dedans», reconnaît la responsable du port.

Au Ghana comme au Nigeria, personne ne semble pouvoir arrêter la mafia des déchets électroniques. Dans la décharge d’Agbogboshie, les Ghanéens sont les premiers à défendre leur gagne-pain. «Non, non… il n’y a aucune raison d’arrêter. Les gens ont besoin de manger. C’est dangereux, mais on doit faire avec», lance le chef de la décharge au reporter de France 2.

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