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Société,  Maroc,  Afrique

Deux «femmes mules» marocaines meurent piétinées à la frontière de Ceuta

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 29/08/2017 à 09H46, mis à jour le 01/09/2017 à 12H13

Poste-frontière Ceuta
Poste-frontière de Ceuta © Capture d'écran du site Antenna 3

Deux Marocaines, porteuses de marchandises, sont mortes le 28 août 2017 dans une bousculade au poste-frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta. Les deux femmes, âgées de 34 ans et 45 ans, avaient été grièvement blessées après avoir été piétinées. Depuis des années, les autorités marocaines et espagnoles ferment les yeux sur un trafic où les femmes ont un rôle central.


Ces femmes, «mules» ou «mulets» selon les expressions, passent chaque jour la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta. Il ne s’agit pas de trafic de drogue, où la mule est le surnom du passeur. Ici, il s’agit réellement de charges. Elles peuvent porter jusqu’à 70 kilos de marchandises sur leurs épaules. Des ONG dénoncent ce trafic, et l’indifférence des autorités. Car il repose sur un concept «d’effets personnels» assez Tartuffe. La charge, transportée à dos d’homme ou de femme, est libre de droits de douane, à condition qu’elle ne pose jamais par terre.

Cela n’aurait peut-être pas le même intérêt si dans les enclaves de Ceuta et Mellila des centaines de militaires et de fonctionnaires espagnols ne voulaient arrondir leurs fins de mois. Alors, nourriture, cosmétiques, électronique se retrouvent exportés vers les souks marocains. Des produits qui deviennent «effets personnels» en passant la frontière sur le dos d’un porteur.
 


Ce métier de bête de somme est assuré à 80% par des femmes. Elles trouvent ainsi le moyen de se faire un peu d’argent. 60 à 80 kilos sur le dos, au rythme de deux allers-retours quotidiens. Le salaire est convenable: 40 à 50 euros par jour, quand un ouvrier en gagne entre 10 et 15. Pour ces femmes, souvent mères célibataires, ce travail est le seul moyen de survivre, au prix de blessures, voire de la mort.


En février 2017, le poste-frontière a été rénové, notamment pour fluidifier le passage des piétons, limité à 4000 porteurs par jour. Cela n’a pas réglé grand-chose et les bousculades se multiplient. Le 24 avril 2017, une porteuse de 54 ans y a trouvé la mort au même poste-frontière, affirmait la télé espagnole Antena 3. Il s’agissait de la quatrième victime dans ces circonstances depuis le début de l’année 2017, selon les porteurs. Il y a désormais deux victimes de plus.