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Deux anciens agents français impliqués dans la tentative d'assassinat d'un opposant congolais

Par Geopolis avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 03/10/2018 à 15H51, mis à jour le 03/10/2018 à 15H59

Le président congolais Denis Sassou Nguesso mai 2018
Le président congolais Denis Sassou Nguesso (mai 2018) © Julien Mattia

Un opposant congolais, grièvement blessé dans une tentative d’assassinat perpétrée en France, a dénoncé mardi 2 le classement sans suite de sa plainte déposée en 2015. L’affaire est peu banale: deux anciens agents de la DGSE (les renseignements extérieurs français) convertis dans le privé sont soupçonnés d'avoir projeté l'assassinat du général Mbaou, farouche opposant au président Sassou Nguesso.

 
Les deux agents ont été inculpés à Lyon le 12 septembre 2018 pour «association de malfaiteurs» et «détention d'explosifs» par la justice française. Un troisième homme a été placé sous le statut de témoin assisté, intermédiaire entre ceux de témoin et d'inculpé.

Le général Mbaou, 62 ans, qui vit réfugié en France depuis 20 ans, avait échappé à une tentative d'assassinat en novembre 2015 à la sortie de son domicile, au nord de la capitale française.

Il a appris le 2 octobre 2018 que la plainte qu'il avait déposée après cette attaque avait été classée sans suite le 6 mars 2018 par le parquet de Pontoise.
«C'est incompréhensible. On ne m'a jamais informé, ce n'est pas normal. On a tiré sur moi!», a-t-il dit à l'AFP, avant d'espérer que la récente arrestation des ex-agents de la DGSE relance la première enquête.

Une balle dans le dos.
«J'ai reçu une balle dans le dos. Les médecins n'ont pas pu l'extraire parce qu'elle est à un endroit délicat, près du cœur. Elle est toujours là», a-t-il souligné, rappelant que les autorités françaises n'avaient jamais donné suite à ses demandes de protection policière.

De son côté, l'avocat de M.Mbaou, Norbert Tricaud, s'est déclaré «extrêmement déçu par la décision du Parquet, qui attend pour classer la plainte en catimini et n'informe même pas la victime»«Le général Mbaou avait donné aux officiers de la police judiciaire des informations très précises sur l'apparence du tireur (un Blanc) et sur les deux autres personnes (un Blanc et un Noir) qui l'attendaient dans la voiture», a-t-il ajouté.

Dans ce dossier, c'est la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) qui a arrêté deux anciens de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), ce qui est une situation pour le moins peu banale.  

Anciens des services 
Interrogé par l’AFP, le journaliste Antoine Glaser, co-auteur avec Thomas Hofnung de Nos chers espions en Afrique, qui évoque justement les reconversions de certains dans le privé, ne se dit pas vraiment surpris: «C'est une histoire hallucinante, mais quand on suit les relations entre la France et l'Afrique, on n'est pas vraiment surpris. Parce qu'il y a énormément de militaires français, en particulier des services secrets, qui sont à la retraite.»

Emprisonné à Brazzaville de juillet 2009 à janvier 2010 et accusé d'atteinte à la sécurité intérieure et extérieure de son pays, le général Mbaou serait dans le collimateur de Brazzaville «en raison de ses réseaux dans l'armée», selon un opposant congolais.