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Djibouti éjecte Dubaï de la gestion de son port

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 24/02/2018 à 14H38, mis à jour le 24/02/2018 à 15H44

Vue port Doraleh à Djibouti
Vue du port de Doraleh à Djibouti © CARL DE SOUZA / AFP

Le gouvernement de Djibouti vient de décider unilatéralement de rompre le contrat de gestionnaire du port accordé à un groupe de Dubaï, DP World. En fait, c’est la conclusion d’un conflit qui date de 2015. Djibouti accusait le concessionnaire émirati d’avoir versé des pots de vin pour obtenir la gestion des ports. Djibouti a choisi la manière forte, et fait de la place au partenaire chinois.


La lune de miel n’aura pas duré longtemps, et elle s’achève comme dans les pires mariages, devant les tribunaux. Pourtant en 2006, l’émirati DP Word prend en charge la gestion du port de Doraleh pour 30 ans, et met 400 millions de dollars dans la corbeille de mariage. DP World prend un tiers du capital de la société créée, DCT, le reste va à l’autorité portuaire djiboutienne. Mariage heureux et fructueux. DP World annonce avoir traité 900.000 conteneurs en une année. La gestion d’un second terminal, de taille équivalente, est même prévue dans le contrat de mariage.

Coup de froid
Patatras, tout se grippe en 2015. DP World est accusé d’avoir versé plusieurs millions de dollars de commissions occultes à Abdourahman Boreh, président de l’Autorité des ports et zones franches de 2003 à 2008. L’homme est en fuite et trouve refuge à… Dubaï. Ce qui n’arrange pas les relations, car l’émirat refuse de l’extrader. Et le fait que DP World soit majoritairement détenu par le gouvernement de Dubaï complique un peu plus le jeu.

Les autorités djiboutiennes demandent alors la résiliation du contrat devant le tribunal arbitral de Londres, mais  sont déboutées en février 2017. C’est donc par la force, et grâce à une loi ad hoc votée par le Parlement dans la foulée, que Djibouti chasse DP World au nom de la souveraineté du pays.

Redistribution des cartes
«Le gouvernement de Djibouti a saisi illégalement le terminal à conteneurs de Doraleh», accuse Dubaï, qui lance une procédure en réparation. Djibouti, de son côté, a saisi le matériel et réquisitionné les personnels afin de poursuivre l’activité portuaire. «Il convient de noter que le Doraleh Container Terminal sera désormais sous l'autorité de la Doraleh Container Terminal Manangement Company qui appartient à L'Etat», précise le communiqué du cabinet présidentiel. L’Etat peut, pour cela, s’appuyer sur le savoir-faire d’un autre associé, le chinois CMHI !

La Chine en force 
Tiens, tiens… Entré en associé minoritaire en 2010, le groupe chinois se trouve désormais en position de force. Il détenait 23 % du capital, or il y a désormais 33% à prendre ! De quoi devenir majoritaire. Est-ce à dire que le président djiboutien Ismael Omar Guelleh lui a fait de la place ? Il est trop tôt pour le dire, mais il est clair que la Chine est de plus en plus présente dans la Corne de l’Afrique. Pékin possède même une base navale à Djibouti. La Chine a construit la ligne ferroviaire qui mène à Addis-Abeba. Un investisseur très puissant dont il est avantageux de s’attirer les bonnes grâces.