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Djibouti : les trois temps d'une élection présidentielle très contestée

Par Frédérique Harrus avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 10/04/2016 à 16H55, mis à jour le 10/04/2016 à 17H30

Décompte bulletins vote
Djibouti-ville (Djibouti), le 8 avril 2016. Décompte des bulletins de vote dans une école primaire bureau de vote de la capitale, .


© Minasse Wondimu Hailu / ANADOLU AGENCY

Djibouti est un minuscule état qui occupe une position stratégique à l'entrée de la mer rouge. Situé au nord-est de l'Ethiopie, il est le seul accès à la mer de ce mastodonte enclavé. Le président djiboutien, Ismaël Omar Guelleh se présentait pour obtenir un quatrième mandat. Une élection remportée dès le premier tour de façon écrasante et tout à fait contestée par l'opposition.


Djibouti est un confetti de 875.000 habitants, qui occupe une position stratégique à l'entrée de la mer rouge. Situé au nord-est de l'Ethiopie, il est le seul accès à la mer de cet énorme pays de 97 millions d'habitants. Ainsi, en 2015 l'Ethiopie représentait 86% du trafic des ports djiboutiens. Le pays s'est relié en 2011 au réseau électrique éthiopien, une voie ferrée de 752 km reliant Djibouti-ville à Addis Abeba (Ethiopie) va bientôt être inaugurée, la construction d'un oléoduc, d'un gazoduc et d'un pipe line sont envisagées. Bref, une synergie entre les deux pays qui se veut être un modèle pour la région, côté pile.

Côté face, ces projets favorisent la croissance économique (6% en 2014, selon la Banque mondiale) mais la population n'en profite pas. Le taux de chômage avoisine les 60%, et 79,4% des Djiboutiens vivent en-dessous du seuil de pauvreté relative.

Avant
Le pays est dirigé d'une main de fer par Ismaël Omar Guelleh (communément appelé IOG) depuis 1999. A 68 ans, il brigue un quatrième mandat de cinq ans, après avoir fait modifier la Constitution en 2010 pour en supprimer toute limitation. Le président se présente face à cinq autres candidats dont trois indépendants. Il se pose en garant de la stabilité de ce pays.

Pendant
L'un de ces opposants, est Daher Ahmed Farah, président du Mouvement pour le Renouveau démocratique (MRD). Il a appelé les 187.000 électeurs à boycotter ces élections et à faire de ce 8 avril une journée ville morte pour dénoncer «une mascarade électorale».

C'est sans enthousiasme que les Djiboutiens se sont rendus aux urnes et la commission électorale a même décidé, devant la faible participation constatée dans la journée, de prolonger d'une heure les opérations de vote. 

Un autre opposant Houssein Ibrahim Houmed accuse explicitement le régime d'amener des hommes étrangers du somaliland voisin par bus entiers pour voter en lieu et place des djiboutiens.  «La gendarmerie, la police nationale sont venus dans des bureaux de vote, ont expulsé mes délégués et se sont installés. Ils ont bourré les urnes! », a lancé Mohamed Tourtour l'un des candidats (indépendant). 

Après
Djibouti a finalement gardé son président, plébiscité avec 86,68% des voix dès le premier tour. Le président-candidat «recueille entre 74 et 75% des voix à Djibouti  (la 

capitale) et Balbala», un immense quartier populaire, qui comptent à eux seuls pour environ 60% de la population de ce petit pays. M. Guelleh est par ailleurs crédité de 94% des voix à Ali Sabieh, la deuxième ville du pays, ainsi qu'à Obock, la quatrième, toujours selon les résultats annoncés par le Premier ministre.

Le principal candidat d'opposition Omar Elmi Khaireh arrive en deuxième position avec seulement 7,32% des voix, selon les résultats officiels annoncés samedi 9 avril par le ministre de l'Intérieur. Les quatre autres sont loin derrière, aucun ne dépassant la barre des 3%.

Le score d'«IOG est très loin de la réalité. C'est un hold-up électoral. M. Omar Guelleh a volé ce scrutin. Ce n'est pas l'expression du vote populaire», s'est indigné Mohamed Tourtour (indépendant) crédité de 1,53% des voix.

M. Khaireh, Le principal candidat d'opposition, a pour sa part jugé les résultats «fantaisistes». Mais un recours légal, dit-il en substance, n'a aucune chance d'aboutir.
 «A cette heure, aucun des candidats n'a reçu les procès-verbaux des bureaux de vote. Si nous ne pouvons pas accéder à ces procès-verbaux, nous ne pouvons pas apporter la preuve» d'éventuelles fraudes, a-t-il fait valoir. 

L'Union africaine et la Ligue arabe ont chacune dépêché une mission d'observation pour le scrutin du 8 avril. Leurs observateurs étaient visibles dans plusieurs bureaux du centre-ville et doivent rendre leurs conclusions dans les prochains jours. «Sans accès aux procès-verbaux, que peuvent-ils dire sinon que le scrutin s'est déroulé dans le calme? Or, le calme n'est pas la transparence», a ajouté Omar Elmi Khaireh.

«Nous demandons au gouvernement de réparer cela et d'organiser une élection transparente, libre, équitable et juste», a déclaré à l'AFP l'un des candidats, Djama Abdirahman Djama (indépendant). 

Pas certain qu'ils soient entendus...