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Dur, dur pour les Africains d’obtenir un visa pour l’Allemagne

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 14/06/2018 à 13H48, mis à jour le 14/06/2018 à 14H08

Migrants africains s'apprêtant à prendre train pour l'Allemagne
Migrants africains s'apprêtant à prendre le train pour l'Allemagne le 21 mai 2015. © AFP - PIERRE TEYSSOT / CROWDSPARK

Selon une enquête de nos confrères de la radio publique Deutsche Welle, 20% des demandes de visa pour l’Allemagne émanant de ressortissants africains sont rejetés. Contre 13% des demandes de citoyens européens (hors Schengen), 10% des demandes asiatiques, 5% pour l’Amérique latine et 2% pour l’Amérique du Nord et l’Océanie. Peut-on parler de discrimination?


«Entre 2014 et 2017, le nombre de demandes de visas adressées à toutes les ambassades et consulats de la République fédérale dans le monde entier a augmenté de 58%. Le nombre de refus est, lui, en haisse de 131%», rapporte l’enquête de Deutsche Welle (publiée en allemand et en français) qui a analysé les chiffres. L’Afrique vient en tête des refus.

Difficile de donner une explication concrète. Selon le Auswärtiges Amt, le ministère allemand des Affaires étrangères, cité par l’enquête, il n’y a pas de pays plus maltraités que d’autres dans le traitement des dossiers de demandes de visa. Les décisions de refus sont prises au niveau de chaque ambassade. Tout candidat doit être en mesure de prouver des moyens de subsistance sur le territoire fédéral, fournir le motif l’amenant en Allemagne, etc.

Mais pour l’universitaire Jochen Oltmer, spécialiste des migrations, l’attitude des autorités allemandes dépend en fait de la situation politique dans le pays d’origine du demandeur. Donc de sa nationalité. Il s’agit de savoir si son entrée en Allemagne peut être interprétée comme «une menace: risques pour la sécurité, la santé publique, le système social», a-t-il expliqué à la Deutsche Welle.

Une règle qui s’appliquerait particulièrement pour les pays africains. Les diplomates allemands regardent aussi si le demandeur de visa vient d’«une démocratie riche ou d’une dictature pauvre». Dans ce contexte, «il faut prendre en compte les représentations que se font les Allemands de l’Afrique: avant tout un continent caractérisé par la pauvreté, des inégalités extrêmes et un fort potentiel migratoire», commente le chercheur.

Nigeria vs Afrique du Sud
La preuve ? De 2014 à 2017, l’ambassade allemande en Afrique du Sud a reçu 4089 demandes de visa, sa consœur du Nigeria 5268. Mais la première a rejeté 6% des dossiers sud-africains, la seconde 24% des nigérians. Le Nigeria, pays densément peuplé (194 millions d’habitants, NDLR), dont de nombreux habitants migrent, où sévit le djihadisme de Boko Haram et où l’on trouve de graves atteintes aux droits de l’Homme, fait remarquer Jochen Oltmer.

Alors que l’Afrique du Sud (56,5 millions d’habitants) est un pays riche. Malgré une situation explosive liée au très lourd héritage de l’apartheid. On peut cependant faire remarquer que le Nigeria est un pays riche grâce à ses hydrocarbures, mais avec des disparités sociales considérables et un PIB par habitant de 2738 dollars en 2016. Alors que celui de l’Afrique du Sud s’élevait à 5261 dollars la même année.

Et la Deutsche Welle de mettre en avant la contradiction entre la froide réalité des chiffres et les discours de la politique officielle. «Nous voulons que les jeunes Ghanéens puissent plus facilement étudier ou se former à un métier en Allemagne. Je pense que nous devons combattre l’immigration illégale tout en offrant des possibilité légales aux jeunes» pour venir en République fédérale, déclarait ainsi la chancelière Angela Merkel le 28 février 2018, lors d’une visite du président ghanéen Nana Akufo-Addo. Une contradiction partagée par tous les pays européens…