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Egypte: campagne pour le photojournaliste Shawkan menacé de la peine de mort

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 14/04/2018 à 10H27

Mahmoud Abou Zeid
Le photojournaliste égyptien, Mahmoud Abou Zeid, dit également Shawkan, tel qu'il apparaît dans la campagne lancée le 10 mars 2018 par Reporters sans frontières pour lui éviter la peine de mort qu'il encourt.  © Reporters Sans Frontières

Une campagne mondiale en faveur du photojournaliste égyptien Mahmoud Abou Zeid a été lancée sur les réseaux sociaux par Reporters sans Frontières. Détenu depuis 2013 pour avoir couvert la dispersion sanglante d’un rassemblement pro-Morsi au Caire, Shawkan, de son pseudonyme, risque la peine de mort. La mobilisation pour tenter de contrer le répression du régime Sissi doit être relayée dans 12 pays

 

 Depuis le 10 avril 2018, l'ONG Reporters sans Frontières (RSF) a lancé une campagne sous le hashtag MyPicForShawkan pour tenter de sauver le photojournaliste Mahmoud Abou Zeid, 31 ans, de la peine capitale.

«Le pouvoir égyptien ne pourra pas ignorer notre appel»
«Face à l'urgence et la gravité de la situation, nous avons décidé de lancer cette campagne de solidarité sur les réseaux sociaux. Nous connaissons la puissance d'un mouvement populaire sur la toile et nous savons son efficacité pour faire bouger les lignes. Si nous parvenons à mobiliser des milliers de personnes autour de la planète, le pouvoir égyptien ne pourra pas ignorer notre appel», déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans Frontières.
 
De nombreuses personnalités ainsi que des collectifs de journalistes et de photographes, dont le célèbre Yann Arthus Bertrand ou Jean-François Leroy, fondateur du festival de photojournalisme Visa pour l’image (Perpignan), ont accepté de prendre part à cette campagne.
 
C’est ainsi que des portraits de personnes mimant l’attitude de Shawkan lui-même prenant une photo derrière la cage du banc des accusés ont fait leur apparition sur la toile pour défendre le photographe égyptien qui «ne faisait que son métier».
 
Mahmoud Abou Zeid a en effet été arrêté le 14 août 2013, alors qu’il couvrait le démantèlement du sit-in des partisans du président déchu Mohamed Morsi sur la place Al Raba’a al-Adaweya au Caire.
 
Ce jour-là, plus de huit cents personnes, en majorité des membres de la confrérie des Frères Musulmans, ont été tuées dans ce que Human Rights Watch qualifie de massacre «le plus important de l’histoire moderne de l’Egypte».


«Il n'avait rien d'autre sur lui qu'un appareil photo Leica» 
Le jeune photojournaliste indépendant, dont le travail avait déjà été publié par Time Magazine et Die Zeit, se trouvait sur place pour l’agence de photos en ligne Demotix. Il a été arrêté et accusé, entre autres, d’homicide, de tentative d’homicide et de possession d’armes. Des charges pour lesquelles il encourt la peine de mort.
 
L’agence Demotix basée à Londres a confirmé aux autorités égyptiennes que Shawkan était bel et bien en mission ce jour-là. Arrêté en même temps que lui, puis libéré, le photographe français Louis Jammes a de son côté témoigné que Shawkan «ne portait pas d’armes à Raba’a. Il n’avait rien d’autre sur lui qu’un appareil photo Leica», a-t-il assuré, selon Amnesty International.
 
Malgré cela, Shawkan a été emprisonné plus de deux ans sans jugement, en violation de la législation égyptienne puis jugé ensuite aux côtés de 738 détenus dans cette même affaire. Les audiences seront reportées une quarantaine de fois jusqu’au 3 mars 2018 où le procureur requiert la peine de mort contre lui.
 
Détenu à la prison d’Abou Zabaal, puis transféré à celle de Torah dans le sud du Caire, le photojournaliste écrit régulièrement des lettres qu’il fait parvenir à l’extérieur. Il raconte avoir été battu trois jours durant juste après son arrestation.
 
Il est confiné 22 heures par jour dans une cellule de trois mètres sur quatre qu’il partage avec 12 autres prisonniers. «Ce donjon n’est même pas digne d’une cage pour animaux. Je dors par terre. Les jours se ressemblent», écrit-il encore.
 
Shawkan n'est pas seul, 57 journalistes égyptiens croupissent en prison
Souffrant d’une hépatite C avec interdiction d’accès à un traitement médical, son état de santé se détériore et son moral se dégrade, rapporte Amnesty. «Il a terriblement maigri et souffre d’anxiété», s’inquiète sa mère qui lui rend visite une fois par semaine.
 
«Mon fils n’a rien à voir avec les Frères Musulmans ou un quelconque parti politique. Il est photojournaliste et ne faisait que son travail le jour où il a été arrêté. Regardez sa chambre, ses appareils photo ! Il n’a rien d’un assassin, ni d’un terroriste», s’insurge son père.
 
Selon Amnesty International, qui l’adopté comme prisonnier d’opinion et demande sa libération immédiate, le cas Shawkan est loin d’être isolé. Depuis l’accession de Abdel Fattah al-Sissi au pouvoir, en mai 2014 et le durcissement de la législation à l’encontre de la presse et la liberté d’expression, 57 journalistes croupissent derrière les barreaux.