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Egypte: l'isolement carcéral des opposants, une «torture», dénonce Amnesty

Par Dominique Cettour-Rose@GeopolisAfrique | Publié le 08/05/2018 à 11H35

Le 9 janvier 2018 dans tribunal Caire accusés attendent être jugés
Le 9 janvier 2018 dans un tribunal du Caire, des accusés attendent d'être jugés. © STRINGER / ANADOLU AGENCY

La répression menée tous azimuts par le régime du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi contre ses opposants est régulièrement pointée du doigt par les organisations de défense des droits l'Homme. Amnesty international dénonce, dans un rapport publié le 7 mai 2018, l'isolement carcéral prolongé et les mauvais traitements infligés aux prisonniers politiques, que l'ONG, qualifie de «torture».

 
Amnesty Intenrnational qualifie de «torture» l'isolement carcéral auquel son soumis les prisonniers politiques en Egypte. Les autorités égyptiennes nient pourtant en bloc ces violations à l'encontre d'opposants incarcérés dans les geôles du pays.

L'ONG évoque les conditions d'incarcération «atroces» de ces personnes vitcimes, selon l'ONG, de «passages à tabac prolongés, manque de nourriture, humiliation et restriction de leurs mouvements et déplacements pendant des années». Ces accusations se basent sur les témoignages de neuf anciens détenus et de familles d'opposants toujours incarcérés, ainsi que sur le cas de 36 prisonniers placés en isolement carcéral de manière «prolongée et indéfinie».

Persécutés derrière les barreaux
Un mémorandum contenant un résumé des travaux de recherche d'Amnesty, remis aux autorités égyptiennes le 16 avril, est resté lettre morte, d'après l'ONG. «Non seulement les défenseurs égyptiens des droits de l'Homme, les journalistes et les membres de l'opposition sont pris pour cibles pour avoir exprimé pacifiquement leurs opinions dans le monde extérieur, (mais) leur persécution continue aussi derrière les barreaux», dénonce Najia Bounaim, directrice de campagne d'Amnesty pour l'Afrique du Nord.
 
Selon elle, ces personnes sont «frappées par les gardiens de prison» et subissent d'autres sévices. «On leur plonge à plusieurs reprises la tête dans un récipient rempli d'eau polluée par des excréments humains», souligne le document.

Actes de torture dénoncés par HRW
En septembre 2017, Human Rights Watch (HRW) avait déjà tiré la sonette d'alarme sur l'usage «systématique et généralisé» de la torture à l'encontre des prisonniers politiques. «Le ministère de l’Intérieur a mis en place une véritable chaîne répressive destinée à recueillir des informations sur les dissidents présumés et à monter contre eux des affaires fabriquées de toutes pièces», expliquait alors HRW, cité par Géopolis.

Après la destitution par l'armée du président islamiste Mohamed Morsi en 2013, plusieurs dizaines de milliers d'Egyptiens, en majorité des islamistes de la confrérie des Frères musulmans, mais aussi des dissidents laïcs, avaient été arrêtés. Le renversement de Morsi s'est produit dans un contexte extrêmement tendu, l'armée ayant appelé les adversaires du premier président d'Egypte élu démocratiquement à manifester massivement dans plusieurs villes d'Egypte, un an jour pour jour après son élection.

La répression des pro-Morsi, menée par le régime au nom de la stabilité du pays, s'est élargie aux militants pro-démocratie, fers de lance de la révolte contre Hosni Moubarak en 2011. Depuis, Sissi est confronté à une grave crise économique et à une insurrection djihadiste ayant causé, depuis 2013, la mort de centaines de policiers et de soldats dans le Sinaï.