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Egypte: le «New York Times» révèle une position double du Caire sur Jérusalem

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 09/01/2018 à 16H43

Manifestants au Caire
Des centaines d'Egyptiens manifestent, à la sortie de la prière du vendredi 8 décembre 2017, à la Mosquée Al-Azhar du Caire, contre la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël. © Islam Safwat/NurPhoto/AFP

C’est un vrai pavé que le «New York Times» vient de lancer dans la mare du président Abdel Fattah al-Sissi. Des enregistrements téléphoniques, auxquels le quotidien américain a eu accès, révèlent qu’un officier des services de renseignements égyptiens a tenté de convaincre des animateurs d’émissions télévisées d’avaliser la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël.


Sous la position officielle du Caire condamnant, à l’instar des autres capitales arabes, la reconnaissance par le président Américain de la ville trois fois sainte comme capitale de l’Etat d’Israël, il y aurait, selon le New York Times (NYT), une position officieuse contraire.

«En quoi Jérusalem est-elle différente de Ramallah, vraiment?» 
Sur la base d’enregistrements téléphoniques que le journal a fait authentifier par un des interlocuteurs, il apparaît qu’en même temps que la presse d’Etat rapportait les protestations personnelles du président Sissi auprès de Donald Trump, un capitaine des services de renseignements demandait discrètement à des animateurs de Talk-shows télévisés de préparer l’opinion à admettre le fait.

«Comme tous nos frères arabes», l’Egypte dénoncerait la décision en public, explique l’officier Achraf al-Kholi à chacun des quatre animateurs joints par téléphone, mais les conflits avec Israël ne sont pas dans l’intérêt national de l’Egypte, ajoutait-il.
 
Pour cette raison justement, il recommande à ses interlocuteurs de travailler à persuader les téléspectateurs d’accepter la décision américaine plutôt que de la condamner. Au cours de ses conversations, il suggère également que les Palestiniens eux-mêmes devraient se contenter de Ramallah, «la triste ville de Cisjordanie qui abrite actuellement l’Autorité Palestinienne», écrit le journal.
 
«En quoi Jérusalem est-elle différente de Ramallah, vraiment?», interroge à plusieurs reprises al-Kholi dans les quatre enregistrements audio des appels, obtenus par le New York Times.

Une alliance de fait avec Israël face à des ennemis communs
Pour le journal, durant des décennies, les principaux Etats arabes, tels que l’Egypte et l’Arabie Saoudite ont critiqué en publique Israël tout en admettant en privé l’occupation des territoires palestiniens.

Aujourd’hui, «une alliance de facto contre des ennemis communs comme l’Iran, les Frères Musulmans, les militants de l’Etat Islamique et les soulèvements du printemps arabe pousse les dirigeants arabes à une collaboration de plus en plus étroite» avec l’ennemi juré d’hier, mettant en adhésion leurs postures privée et publique, analyse le NYT.

L'Arabie Saoudite était allée plus loin encore en proposant elle-même à Mahmoud Abbas, le Président de l'Autorité palestinenne de prendre la localité d'Abu Dis, à la périphérie de Jérusalem, comme capitale d'un futur Etat.
 
Dans son papier, le journaliste David Kirkpatrick souligne que les interlocuteurs du capitaine al-Kholi qu’il a pu joindre pour certains, se sont montrés sensibles à l’argument selon lequel «Jérusalem ne sera pas très différente de Ramallah. Ce qui compte, c’est de mettre fin aux souffrances du peuple palestinien.»
 
L’auteur de l’enquête indique enfin que les conversations téléphoniques ont été fournies au NYT par un intermédiaire «favorable à la cause palestinienne et opposé au président Sissi», mais que l’origine des enregistrements n’avait pas pu être déterminée.