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Politique,  Egypte

Egypte: le Président Sissi fait la chasse aux Ouïghours pour le compte de Pékin

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 10/07/2017 à 17H05, mis à jour le 10/07/2017 à 17H05

Le président égyptien Sissi son homologue chinois Xi Jinping
Une grande complicité entre le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, et son homologue chinois, Xi Jinping, lors de leur rencontre avant la photo de famille au G20 de Hangzou, le 4 septembre 2016. © Greg BAKER/AFP

C’est l’ONG Human Rights Watch qui a tiré la sonnette d’alarme sur une nouvelle violation des droits de l’Homme en Egypte. L’arrestation arbitraire de dizaines d’étudiants chinois ouïghours qui attendent désormais d’être expulsés vers la Chine. Une rafle d’envergure d’individus, pourtant en situation régulière, ne répondant qu’à la seule demande de Pékin.


«Les autorités égyptiennes ne devraient pas expulser les dizaines de musulmans chinois ouïghours qu’elles détiennent vers la Chine, où ils risquent la détention arbitraire et la torture.» C’est en ces termes que Sara Leah Whitson, la directrice de HRW pour le Moyen-Orient, a interpellé le régime d’Abdel Fattah al-Sissi à la suite d'une opération d’envergure dans le milieu d’étudiants chinois en Egypte.

Des rafles de Ouïghours dans les restaurants, les grandes surfaces et à domicile 
Selon cet organisme de défense des droits de l’Homme, depuis le 3 juillet 2017, les autorités ont arrêté au moins 62 Ouïghours vivant en Egypte «sans les informer des motifs de détention et leur refusant l’accès à des avocats et à leurs familles». 
 
De nombreuses personnes détenues possèdent pourtant des permis de résidence égyptiens valides et sont étudiants à l’université d’Al-Azhar. Une des plus célèbres institutions de l’Islam sunnite qui accueille depuis des décennies des étudiants issus de cette minorité chinoise musulmane et turcophone, accusée de «séparatisme» par Pékin.
 
Selon les témoignages de quatre membres de cette communauté au Caire et d’un autre aujourd'hui hors d’Egypte mais suivant de près la situation, «la police égyptienne a procédé à plusieurs reprises à des arrestations de Ouïghours dans des restaurants et des grandes surfaces qu’ils ont l’habitude de fréquenter ainsi qu’à leur domicile».
 
L’un d’entre eux raconte même qu’il était sorti pour une balade à la tombée du jour et qu’en rentrant chez lui, il avait trouvé la police dans sa rue. Craignant d’être arrêté et expulsé, il a pris la fuite.
 
L’homme vivait en Egypte depuis 2008 avec une carte de demandeur d’asile délivrée par le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies, l’Egypte ne disposant pas de législation sur la question.
 
Citant une source des autorités aériennes égyptiennes, le New York Times rapporte pour sa part qu’une douzaine de Ouïghours ont été expulsés le 6 juillet 2017 vers la Chine et que 22 autres étaient toujours détenus dans l’attente d’une expulsion imminente.

Une embellie sans précédent entre Le Caire et Pékin
Au Caire, la police s’est refusée à tout commentaire sur ces informations, mais tout laisse penser, selon HRW, les réseaux sociaux et France24 qu’il s’agit d’une opération des autorités égyptiennes ne répondant qu’à la seule demande des autorités chinoises.
 
Depuis deux ans, les deux pays affichent une embellie sans précédent de leurs relations. Notamment après la visite du président chinois Xi Jinping, le 21 janvier 2016 en Egypte. Une visite au cours de laquelle Pékin a signé avec Le Caire des accords économiques d’une valeur de 15 milliards de dollars et accordé une aide financière d’un milliards de dollars au régime.
 
En butte à une frange radicalisée de la communauté ouïghoure à laquelle elle impute de nombreux attentats meurtriers, la Chine accuse les «séparatistes» de connivence avec les groupes djihadistes internationaux et les pourchasse impitoyablement.

Selon HRW, ces arrestations font suite à une réunion du 19 juin 2017 entre le ministre égyptien de l’Intérieur Magdi Abdel Ghaffar et le vice-ministre chinois de la sécurité publique, Chen Zhimin. Ce dernier avait souligné l’urgence pour la Chine d’échanger avec l’Egypte des informations sur «les organisations extrémistes».
 
Pour Sara Leah Whitson, «les autorités égyptiennes devraient arrêter cette scandaleuse rafle de Ouïghour», elles doivent «rendre public le lieu et les motifs de leur détention et leur donner accès à des avocats», a-t-elle également réclamé.