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Egypte: réélection de maréchal en vue pour le président al-Sissi

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 18/01/2018 à 09H33

Le président al-Sissi
Le président égyptien al-Sissi lors d'une visite à Paris, le 24 octobre 2017. © CHARLES PLATIAU / POOL / AFP

Le président al-Sissi se prépare une réélection de maréchal à la tête de l’Egypte. Un de ses opposants les plus en vue, le neveu du président Sadate, Mohamed Anouar al-Sadate, a décidé de jeter l’éponge en souhaitant ne pas «participer à une bataille perdue d’avance». Résultat: les candidats se font rares pour la présidentielle de mars 2018, à part, sans doute, le... président sortant.


Elu une première fois à la tête de l'Egypte en 2014 avec 96% des voix après son coup d'Etat de 2013 contre le président élu Morsi, le général Sissi devrait en toute logique se représenter à l'élection présidentielle de 2018, qui doit se tenir en mars. Sa candidature n'a pas encore été annoncée officiellement, mais elle ne fait pas de doute. «Si les Egyptiens veulent que je me présente pour un second mandat, je suivrai la volonté du peuple», a-t-il modestement affirmé. En revanche, pour l'instant, les candidats contre lui se font de plus en plus rares...

Au fur et à mesure que les élections approchent, les candidats qui pourraient exister face au président sortant jettent l'éponge. «L’ex-maréchal prépare une réélection jouée d’avance. Ceux qui osent présenter leur candidature font face à l’intimidation, aux poursuites judiciaires et à des campagnes médiatiques de diffamation», note le journaliste Jamal Boukhari.

Le retrait provoqué d'Ahmed Chafik
Le premier à avoir manifesté sa volonté d'être candidat a vite renoncé. Ahmed Chafik, personnalité politique reconnue en Egypte, ex-ministre de Moubarak mais aussi candidat contre Morsi, avait fait savoir le 29 novembre 2017 qu'il entendait être candidat à la présidentielle. Une candidature qui n'a pas duré puisque l'ancien général l'a retirée le 7 janvier dernier après quelques épisodes mouvementés

Le site Orient XXI décrit comment un autre militaire a eu à pâtir d'avoir osé exprimé sa volonté de se présenter. Le général ingénieur Ahmed Konsowa avait en effet annoncé, en uniforme dans une vidéo, sa volonté de participer à la course présidentielle, en accusant ouvertement l’armée de vouloir l’empêcher de quitter l’institution militaire pour se présenter. Résultat, «Il a été arrêté et condamné le 19 décembre par le tribunal militaire du nord du Caire à six ans de prison pour avoir violé la loi militaire qui empêche les membres des forces armées de parler de politique, et utilisé l’uniforme à des fins politiques», écrit le site.


Dernier épisode en date, le neveu de l'ancien président Sadate a décidé lui aussi de jeter l'éponge. «Nous ne rentrerons pas dans une bataille perdue d'avance», a lancé Mohamed Anouar al-Sadate, ancien député, lors d'une conférence de presse au siège du Parti de la Réforme et du Développement, la formation centriste qu'il dirige. Il est vrai que sa candidature lui avait valu d'être exclu du Parlement par la majorité pro-Sissi.

Le journal La Croix cite Mustapha Kamel, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire, qui parle d'une destitution «politisée et décidée de manière hâtive. Elle vise à imposer des restrictions sur le droit à la liberté d’expression des députés. Mohamed Anouar al-Sadate gêne le Parlement et tous les soutiens du gouvernement. C’est une sanction non pour un acte précis mais pour une attitude. C’est aussi une mise en garde pour tous les parlementaires qui prennent des positions indépendantes.»

Une situation économique délicate
Pour le président SIssi, la période est politiquement assez délicate. Il a lancé un programme ambitieux de relance économique, avec le soutien du FMI, basée sur une forte dévaluation de la monnaie et d'importantes diminutions des subventions aux produits de base prisés par les Egyptiens pauvres. Cette politique a déjà provoqué une importante inflation et n'a pas encore porté ses (éventuels) fruits, même si certains signes sont positifs. Les risques de tensions sociales restent importants. Sur le plan sécuritaire, les résultats ne sont pas non plus au rendez vous, surtout dans le SInaï où les attaques et les attentats restent nombreux. 

Dans ce contexte tendu, la candidature d'un défenseur des droits de l'Homme, très malmenés selon les ONG dans le pays depuis le coup d'Etat, n'est pas à exclure... si elle est possible. L'avocat des droits de l'Homme, Khaled Ali, est alors un candidat potentiel. Mais pour cela, il doit réunir les conditions légales (signatures de 25.000 Egyptiens ou de 20 parlementaires), ce qui n'est pas simple. Sans compter qu'il est sous le coup d'une condamnation pour avoir insulté un tribunal. 

Pour l'instant, le président Sissi ne s'est pas déclaré, mais 490 députés sur 596 ont déjà signé en faveur de sa candidature. Face à un tel... enthousiasme, difficile de faire de la figuration.