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Egypte: une professeure d’université suspendue pour... une danse du ventre

Par Eléonore Abou Ez@GeopolisAfrique | Publié le 08/06/2018 à 16H46

L'écrivaine professeure Mona Prince
L'écrivaine égyptienne et professeure de littérature anglaise Mona Prince  © FRANCESCO GATTONI / Leemage

Mona Prince, écrivaine et professeure de littérature anglaise à l'Université de Suez, a été démise de ses fonctions fin mai 2018. En cause, notamment, une vidéo où on la voit exécuter une danse orientale.


La vidéo publiée il y a plus d’un an sur la page Facebook (compte non privé) de la professeure Mona Prince n’a rien de compromettant. On la voit danser en galabiyya (robe traditionnelle) sur sa terrasse en plein air. 

Ces images et des photos de la professeure de littérature en maillot de bain sur la plage déplaisent cependant et suscitent la polémique. Elles sont jugées indécentes.

La direction de l’université «mène une enquête» et décide finalement de l’exclure pour «violation des règles universitaires».


Vidéo publiée en avril 2017 sur le compte Facebook de Mona Prince et partagée par Exclusive Videos.

«Rendez-vous au tribunal»
La sanction prononcée par le comité de discipline de l’Université de Suez n’impressionne pas Mona Prince qui se présente sur sa page Facebook comme «une femme sauvage» (Wild Woman) ou rebelle. Elle réagit et contre-attaque. «Dans le premier incident du genre en Egypte et dans le monde, une professeure d’université a été suspendue de son poste non pas pour pédophilie ou pour harcèlement sexuel mais pour des photos en maillot et une vidéo de danse. A bientôt au tribunal», écrit-elle sur sa page, laissant entendre qu’elle portera plainte.
 
Une affaire de «réputation»
Bien avant la diffusion de la vidéo, cette professeure anticonformiste dérangeait. Son attitude, sa liberté et son franc-parler sont jugés comme de la provocation.

Les conservateurs et les radicaux vont jusqu'à lui reprocher ses méthodes d'enseignement. «Trop de débats sur des questions sensibles», comme par exemple le harcèlement sexuel qui est pourtant un véritable fléau en Egypte.

Très critique des salafistes, Mona Prince ne peut pas pour autant compter sur le soutien du gouvernement. «La liberté personnelle des professeurs est protégée par la loi, mais cela ne devrait pas aller à l’encontre des normes et de l’éthique de l’université», avait précisé le ministre de l’Education en insistant sur l’importance de la bonne réputation pour un professeur.

En 2015, lors de la sortie de son livre Revolution is my name (La révolution est mon nom), un récit de la révolution de 2011, le site Les clés du Moyen Orient décrivait Mona Prince comme «une écrivaine militante reconnue dans son pays» où «elle représente la vivacité d’une société civile égyptienne étouffée par le système politique et par les conventions sociales sous Hosni Moubarak». Une vivacité qui semble aujourd’hui à bout de souffle.