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Egypte:la vente d'armes numériques Amesys à Sissi ravive l'affaire Giulio Regeni

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 09/07/2017 à 10H27

Les parents Giulio Regeni au Sénat Rome
En partant de la gauche, Claudio et Paola Regeni, les parents du jeune chercheur italien tué en Egypte, ainsi que leur avocate, Alessandra Ballerini, en compagnie du sénateur Luigi Manconi et du porte-parole d'Amnesty International Riccardo Noury, lors d'une conférence de presse au Sénat de Rome, le 3 avril 2017, pour réclamer la «vérité pour Giulio Regeni». © Riccardo De Luca/Anadolu Agency

Les révélations sur la vente d’armes numériques à l’Egypte par la société française Amesys ont remis en lumière le meurtre encore non-élucidé d’un chercheur italien au Caire début 2016. En Italie, la famille de Giulio Regeni, la presse et les réseaux sociaux n’ont pas baissé les bras. Ils réclament toujours la vérité sur la mort de leur fils et compatriote dans des circonstances obscures.


Dix-sept mois après la découverte au Caire du corps du jeune chercheur italien, Giulio Regeni, mort à 28 ans sous la torture, l’Italie reste mobilisée pour réclamer la vérité sur cet assassinat plus que louche.

La famille de Giulio Regeni ne baisse pas la garde 
Le 3 juillet 2017, sa sœur Irène Regeni est retournée à Cambridge où le jeune étudiant de 28 ans était inscrit pour un doctorat en économie. Armée d’une pancarte réclamant «la vérité pour Giulio Regeni», elle a posé devant les prestigieux bâtiments.
 
Elle a ensuite posté la photo sur son compte Twitter accompagnée du commentaire «Depuis Cambridge pour briser le silence» et du hashtag «veritàpergiulioregeni» (vérité pour Giulio Regeni).

From Cambridge, to break the wall of silence #truthforgiulioregeni #veritàpergiulioregeni pic.twitter.com/nUiNn5npMP

 
Un combat que ni elle, ni sa famille, ni la presse qui les accompagne ne sont prêts à abandonner.
 
Le 3 juin 2017, ses parents, Paola et Claudio Regeni, étaient à Bolzano dans le nord-est de l’Italie, invités par le Centre pour la paix pour un dialogue avec les jeunes et pour parler d’un «des cas les plus obscurs de l’histoire des relations entre notre pays et l’Egypte» selon le site Alto Adige en ligne.
 
Quelques jours auparavant, les parents de Giulio étaient sur la Piazza Maggiore à Bologne pour la même mission de recherche de la vérité. Ils affirment mener cette campagne non seulement pour leur fils, mais pour tous les disparus, torturés et tous ceux dont les droits sont piétinés 

La recherche de la vérité, «une lutte constante» pour Paola Regeni 
«Le procureur général égyptien Sadeq nous a fait le 6 décembre beaucoup de promesses, y compris celle de l’accès au dossier de l’enquête sur la mort de Giulio», a raconté la mère du chercheur. «Une promesse non tenue par le procureur qui refuse de rencontrer les avocats de la famille», a indiqué l’avocate Alessandra Ballerini.
 
La recherche de cette vérité est «pour nous une lutte constante, de jour comme de nuit. En dépit de toutes les difficultés nous sommes convaincus qu’ensemble nous y arriverons», a ajouté, inconsolable, la mère de la victime.
 
Elle et la justice italienne veulent en effet comprendre pourquoi le 3 février 2016 le corps supplicié de Giulio a été retrouvé dans la banlieue du Caire sur le bord de la route d’Alexandrie.
 
Il était porté disparu depuis le 25 janvier, après avoir quitté dans la soirée son domicile dans le quartier Doqqi, sur la rive gauche du Nil, pour retrouver un ami au marché de Bab el-Louk.

«Des brûlures de cigarettes sous les yeux et à la plante des pieds» 
Ce soir-là, le centre ville était quadrillé par les forces de l’ordre, les manifestations interdites et une vague d’arrestations préventives et de «disparitions» avait été menée pour éviter des débordements à l'occasion du cinquième anniversaire du soulèvement contre Moubarak.
 
La dépouille de l’étudiant italien a été retrouvée à moitié nue portant des traces de sévices, notamment «des brûlures de cigarettes sous les yeux et à la plante des pieds», selon un rapport consulté par l’AFP.
 
Selon la presse italienne, l’hypothèse la plus crédible est que ces tortures impliqueraient les services secrets égyptiens souhaitant en savoir plus sur les recherches que Giulio effectuait sur l’histoire des syndicats indépendants.
 
Le scandale de la vente d’armes de surveillance numérique par la société française Amesys au régime d’Abdel Fattah al-Sissi ramène dans l’actualité ce crime atroce et trouble toujours pas élucidé par les autorités, un an et demi après les faits.
 
Après sa mort, l’Union européenne avait pourtant, et pour la troisième fois, exhorté les pays membres à stopper l’exportation de ce genre de technologies vers l’Egypte.
 
Début 2016, l’UE avait demandé en effet «la suspension des exportations des équipements de surveillance si des éléments attestent qu’ils seront utilisés pour commettre des violations des droits de l’Homme».