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Elections en Pologne : Beata Szydlo femme de paille ou future Merkel polonaise?

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 26/10/2015 à 14H41, mis à jour le 26/10/2015 à 14H51

Beata Szydlo
Beata Szydlo fête sa victoire le 25 octobre 2015 à Varsovie. © AFP

C’est une parlementaire discrète, quasiment inconnue du grand public qui doit désormais devenir Première ministre de la Pologne. Le parti Droit et Justice a largement remporté les élections législatives, empochant 242 des 460 sièges. Quel sera désormais son réel pouvoir, dans l’ombre de l’ancien Premier ministre et leader des conservateurs, Jaroslaw Kaczynski?


Il y a peu de temps encore, Beata Szydlo officiait dans l’ombre. Vice-présidente du parti conservateur Droit et Justice (PiS), elle était députée depuis 2005 et maire d’une commune du sud, Brzeszcze.
 
Puis, l’heure de la lumière a sonné. A la demande du leader des conservateurs Jaroslaw Kaczynski, qui fut Premier ministre de son frère jumeau Lech en 2006, Beata Szydlo fait campagne.
 
En mai 2015, elle participe à l’élection du nouveau président, Andrzej Duda. Après cette victoire, elle renouvelle l’expérience lors des élections législatives, mais cette fois elle conduit la campagne pour son propre compte, toujours sous le contrôle de Jaroslaw Kaczynski. Et le succès est complet. Le PiS obtient, le 25 octobre, la majorité absolue au Parlement.
 
Femme de l’ombre, Beata Szydlo est âgée de 52 ans. Issue d’une famille modeste, le père est mineur, elle suit des études d’ethnographie dans la célèbre université Jagellon de Cracovie, puis travaille au musée d’histoire de la ville.
  
Un programme tout en promesses
«A droite toute !» Tel pourrait-être le slogan de Beata Szydlo. Elle a traversé le pays en pourfendant l’Union européenne et la politique vis-à-vis des réfugiés du Proche-Orient et d’Afrique du Nord. «Aujourd’hui, les Polonais se soucient avant tout de leur sécurité» lance-t-elle à la télévision lors de la campagne.

Au PiS, la religion n’est jamais loin écrit Le Monde (lien abonné). Le second fils de Beata Szydlo est au séminaire. Elle-même a défendu des idées proches de celle de l’épiscopat. Notamment sur l’avortement et la fécondation in vitro.
 
Un politologue polonais, cité par l’AFP, considère que c’est surtout le parti qui a le vent en poupe, et que «Beata Szydlo rame très bien dans ce bateau». Le Figaro de son côté évoque une «campagne très efficace des conservateurs, qui s'appuyaient sur la grogne des laissés-pour-compte, sur l'Eglise peu encline aux changements et sur les crispations sociétales face aux immigrés notamment.»

Femme de paille? 
Et le journal d’enfoncer le clou. «Les conservateurs représentés par Beata Szydlo ont su séduire les Polonais en multipliant les promesses: augmentation des dépenses sociales, avec une mise en place d'une aide accrue aux familles et aux jeunes chômeurs, baisse de l'âge de la retraite, taxation du secteur bancaire…»
  
La question est désormais de savoir si Beata Szydlo pourra s’émanciper de la tutelle de son mentor, Jaroslaw Kaczynski, et ne pas être qu’une marionnette. Affirmer sa légitimité ne sera sûrement pas une mince affaire tant l’ancien Premier ministre a été présent dans la campagne, notamment sur le thème des réfugiés.
Il a même osé déclarer qu’en Suède il y a 54 zones où la charia s’applique sans contrôle de l’Etat.