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Élections grecques : « L'espoir, c'est ce qui meurt en dernier »

Par François Beaudonnet @GeopolisAfrique | Publié le 23/01/2015 à 11H28, mis à jour le 27/01/2015 à 09H52

Statue roi Leonidas à Sparte.
© DR.

Ils seraient environ 20 000 Grecs à vivre en Belgique. Ils fréquentent les restaurants, cafés ou associations grecs et suivent attentivement l'actualité politique nationale en vue de l'élection de ce dimanche 25 janvier. Nombre d'entre eux travaillent au sein des institutions européennes. Quel regard portent ces Grecs de Bruxelles, au cœur de l'univers européen, sur les prochaines élections ?


Le dilemme des Grecs expatriés : rester à Bruxelles ou voter ?
Tout d'abord, ils sont frustrés de ne pas pouvoir voter depuis la Belgique. En effet, les Grecs ne peuvent voter qu'en Grèce et non dans leur pays de résidence (sauf pour les élections européennes) or ils sont de plus en plus nombreux à quitter leur pays natal. Les expatriés qui veulent voter font l'aller-retour, quand ils en ont les moyens. Auparavant, les partis politiques finançaient les billets d'avion pour les membres et amis du parti uniquement, mais ils ne peuvent plus se le permettre actuellement.

Par conséquent, la plupart des Grecs de l'étranger ne pourront pas faire entendre leur voix, le dossier n'a « pas eu d'accord politique et ceci depuis plusieurs années de discussions avec les Fédérations des Grecs à l'étranger et les représentants des partis politiques dans chaque pays » affirme Nikolaos Simeonidou, fonctionnaire grec. Certains suggèrent avec dépit que les gouvernements n'ont pas intérêt à avancer sur ce dossier et préfèrent l'ignorer.

La campagne électorale vue de Bruxelles
Malgré cette frustration, les Grecs de Belgique demeurent très intéressés par la politique grecque. Ils suivent la campagne électorale à distance mais ne savent pas sur quel pied danser. Ils balancent entre espoir et méfiance en affirmant que les Grecs seuls ont la légitimité pour décider de leur avenir. « Nous avons l'impression que l'UE fait pression sur la population en imposant toutes les mesures d'austérité. Mais aussi lorsque les leaders européens ou d'autres pays font des déclarations indiquant aux Grecs pour qui voter ». Le ton est celui de l'indignation.

Les collègues euro-fonctionnaires sont aussi curieux et intéressés mais plus respectueux vis-à-vis du choix grec. «Mes collègues me posent des questions, certains sont inquiets mais il y a aussi des pro-Syriza » dit Manouela Arvanitidou, fonctionnaire à la Commission. Ils sont attentifs à l'élection parce qu'ils s'intéressent à l'évolution de l'Union européenne «qui n'a pour l'instant pas tenu ses promesses». Selon Katarina Kiriakidis, stagiaire auprès d'un think tank, «Syriza pourrait être une bonne solution, c'est un pari pour les Grecs et les Européens ».

La majorité de la population était contre des élections anticipées, « maintenant qu'elles sont là, autant envoyer un message au monde » dit Manouela. Elle se dit surprise de l'hétérogènéité des soutiens pour Syriza : leur électorat comprend des pro-européens, des capitalistes, des anti-européens et anti-capitalistes. «La confusion est totale, les gens sont désespérés» ajoute-t-elle non sans émotion. Un autre fonctionnaire à la Commission, Stephanos Stathopoulos explique « Les gens souhaitent entendre certains mensonges, c'est psychologique, ils veulent qu'on leur donne de l'espoir ». « Et en même temps les Grecs sont lassés des politiciens et des effets d'annonce, ils espèrent quelque chose de vraiment différent » complète Katarina.

Drapeau européen drapeau grec
© Union européenne


Les Grecs accusent-ils l'UE ?
A cette question, les fonctionnaires grecs répondent que la population est majoritairement pro-européenne, y compris chez les jeunes «mais ils sont déçus des politiciens européens et bien évidemment de ceux en Grèce qui n'ont pas su gérer les finances du pays, l'administration publique et n'ont pas permis l'amélioration de la qualité de vie». Les fonctionnaires sont émus par la situation dans le pays «Qui accepterait de perdre son travail, de ne pas pouvoir vivre comme avant, de se retrouver montré du doigt, de perdre sa fierté nationale? Mais l'espoir est toujours là [...]»

La plupart des fonctionnaires grecs interrogés pense que la population grecque n'a pas une mauvaise opinion des fonctionnaires grecs de l'UE. « Je ne me suis jamais sentie jugée par mes compatriotes et je ne pense pas que les Grecs condamnent les institutions européennes en général, ce sont les mesures austéritaires qui sont impopulaires ». Néanmoins Stephanos dit qu'il évite de préciser qu'il travaille pour l'UE quand il retourne au pays. « Je dis simplement que je travaille à Bruxelles ».

Par ailleurs, ces fonctionnaires se montrent peu enthousiastes vis-à-vis de la cure d'austérité imposée au pays. Selon Katarina « L'austérité seule ne peut fonctionner en Europe....En réduisant les aides sociales, on affaiblit l'identité européenne ». À leurs yeux, les débats ne sont pas juste grecs, ils sont européens : « les Grecs ne sont pas les seuls à douter de l'orientation économique européenne, il s'agit d'un phénomène européen » affirme-t-elle.

Cependant, leur engagement européen n'est pas ébranlé, ils distinguent l'idée d'Europe et sa politique économique. Pour Nikolaos « Douter de l'orientation économique actuelle ne signifie pas douter du projet européen dans son ensemble ». Au contraire, ils affirment se sentir davantage pro-européens « parce que seule la voie européenne pourra impulser un changement et nous faire avancer vers une Grèce prospère dans une Europe prospère » conclut-il.

La nuit du dimanche 25 janvier promet d'être longue pour les Grecs de Bruxelles.