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Elle achète des armes à la Russie: l'Algérie sur la liste noire des Etats-Unis

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 28/09/2018 à 16H37, mis à jour le 28/09/2018 à 16H37

Sukhoï SU 35
Sukhoï SU 35 © Eugene Odinokov / Sputnik

A son tour, l’Algérie pourrait être sanctionnée par les Etats-Unis pour avoir acheté des armes à la Russie. Grâce à la loi CAATSA de 2017, Washington a déjà visé la Chine. Des négociations sont en cours entre Alger et Washington pour évaluer la hauteur des sanctions.


Elle s’appelle CAATSA pour Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act. Soit en français, loi pour lutter contre les adversaires de l’Amérique à travers des sanctions. Elle a été votée en juillet 2017 et promulguée dans la foulée. Elle impose des sanctions contre toute personne ou entité ayant eu des liens avec les secteurs de la Défense ou du renseignement russe.

Activités malignes
Selon le Département d’Etat américain repris par CNN, «les sanctions ne sont pas imposées pour réduire la capacité militaire des pays.» En résumé, le Département d’Etat rappelle qu’il s’agit de punir la Russie «pour son interventionnisme dans les élections américaines, son comportement inacceptable en Ukraine et autres activités malignes».
 
Selon Sputnik, qui cite l'agence russe d'exportation d'armements Rosoboronexport, «les armes russes sont exportées dans 70 pays». Autant dire que les victimes ne manqueront pas. D’ailleurs, le site proche du Kremlin estime que cette action n’est qu’un prétexte pour sanctionner non pas la Russie, mais la Chine.

Indignation chinoise
Car la Chine a été la première visée pour avoir acheté 24 chasseurs SU-35S en 2015, soit avant la loi. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a exprimé son indignation vis-à-vis de ces sanctions. Geng Shuang a ajouté que ces sanctions étaient une violation sévère aux relations internationales les plus basiques. «Nous engageons vivement le camp américain à corriger son erreur sur le champ et à annuler ses soi-disant sanctions. Faute de quoi, les Etats-Unis devront en supporter les conséquences.»
 
Au tour d’Alger
La Russie étant devenue le deuxième exportateur d’armes au monde, la liste de ses clients susceptibles d’être sanctionnés s’allonge. On y trouve même des alliées des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme: Egypte, Maroc et Algérie, en ce qui concerne l’Afrique.

L’Algérie est en très mauvaise posture, classée quatrième client de la Russie en 2017. «La totalité de ses achats d’avions de combat sont russes. De même pour ses systèmes de défense aérienne, ayant même notamment été l’un des premiers pays à acquérir le système S-400» écrit TSA.

Que risque l’Algérie ?
Des négociations très officielles sont en cours entre les deux pays. Nul ne sait très bien comment le contentieux se règlera, mais Alger théoriquement risque gros. L’interdiction de commercer en dollars, ou celle d’importer ou d’exporter des Etats-Unis font parties des sanctions. Un gros manque à gagner, explique TSA. Les Etats-Unis sont le quatrième client de l’Algérie avec plus de deux milliards de dollars d’exportation.

On n’en est pas encore aux sanctions. Car à en croire la rédaction de Casbah Tribune, toutes les portes ne sont pas fermées. Les porte-parole du département d’Etat américain Brian Neubert et Erica Chilsano, présents à New York pour l’Assemblée générale des Nations Unies ont joué la modération. «Nous comprenons et respectons les choix stratégiques de l’Algérie en termes de transactions économiques et de choix de partenaires, nous entretenons une relation solide et stable avec notre pays ami», ont-ils déclaré aux journalistes.