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Afghanistan,  Asie-Pacifique

En Afghanistan, la guerre oubliée a fait 11.000 morts en 2016

Par Jacques Deveaux@GeopolisFTV | Publié le 04/05/2017 à 09H34, mis à jour le 04/05/2017 à 09H39

Soldats afghans américains à Kaboul
Cérémonie pour l'arrivée du détachement des Marines, le 27 avril 2017 à Lashkar-Gah. © WAKIL KOHSAR / AFP

Depuis l’arrivée du groupe Etat islamique dans le pays, l’Afghanistan revient à la une. Le 2 mai, Daech a revendiqué un nouvel attentat. En 15 ans la paix ne s’est jamais imposée, condamnant les Américains à ralentir le retrait de leurs troupes. Du reste, aujourd’hui, l’Otan envisage une augmentation du nombre de ses soldats. Et les Etats-Unis bombardent les djihadistes et déploient des Marines.


Pour Washington, il s’agit de chasser Daech d’Afghanistan d’ici la fin de l’année 2017. Mi-avril, l’armée américaine larguait la désormais célèbre «mère de toutes les bombes» sur les tunnels creusés par des combattants islamistes dans le district d’Achin dans l’est du pays. Une charge de 11 tonnes d’explosifs qui aurait tué 90 djihadistes, un chiffre impossible à vérifier. Le but de l’opération était autant de détruire que de marquer les esprits. Sur ce point, c’est chose faite, mais pas sûr que les talibans soient très impressionnés.
 
Echec de l’EI
L’EI est apparu en Afghanistan en 2015, s’installant dans l’Est, à la frontière pakistanaise. Mais son implantation a, semble-t-il, échoué. Selon le capitaine Bill Salvin, un porte-parole de l’armée américaine, Daech ne compterait plus que 800 combattants, après avoir culminé à 3000 hommes. Le groupe a été victime des combats et de défections.

Mais aujourd’hui, il ne faudrait pas que les montagnes afghanes deviennent une base arrière pour les djihadistes chassés d’Irak ou de Syrie. «Nous avons une très bonne chance de les détruire en 2017, pour qu'il soit très clair que l'Afghanistan n'est pas l'endroit» pour venir se réfugier, a confié Bill Salvin à l’AFP.
 
Autant l’élimination de Daech paraît chose envisageable, autant celle des talibans sera une autre paire de manches. En fait, voilà bientôt 15 ans que les Occidentaux essayent, en vain, de débarrasser le pays des fondamentalistes religieux. En juillet 2015, nous écrivions que l’arrivée de Daech avait fait apparaître des fissures au sein du mouvement taliban. Une partie craignait une mainmise d’Abou Bakr al-Baghdadi sur la rébellion, et lui demandait de ne pas s’implanter en Afghanistan.

Les talibans bien présents
Après la mort de son chef, le mollah Mansour, abattu par un drone en mai 2016, on pouvait penser le mouvement taliban en perte de vitesse. Or, il n’en est rien. Les talibans ont spectaculairement répondu à la méga bombe américaine en attaquant, le 21 avril 2017, une base militaire afghane à Mazar-i-Sharif, au nord du pays. Un carnage qui a fait au moins 100 morts et des dizaines de blessés.

Les rescapés sont convaincus que les assaillants ont bénéficié de complicités à l’intérieur de ce camp ultra protégé. Autant dire que les talibans sont chez eux partout, y compris au sein des forces armées. Le 8 mars, c’est un hôpital militaire qui était attaqué à Kaboul faisant 54 morts. Cette fois, deux internes de l’hôpital étaient au nombre des assaillants.
En fait les attaques sont incessantes.

Pertes humaines choquantes
La jeune armée afghane avait déjà subi des pertes très élevés en ce début d’année. 807 morts en deux mois qui ont fait réagir le Congrès américain. «Les pertes subies dans le combat contre les talibans et d'autres groupes insurgés continuent d'être d'un niveau hautement choquant», estime le rapport. En 2016, près de 7000 policiers et militaires afghansont trouvé la mort, 12.000 ont été blessés, poursuit le rapport.
 
Alors,l’allié américain renforce son détachement. Le simulacre de discussion sur la paix de l’été 2015 est oublié. 300 Marines vont bientôt s’installer dans le Helmand pour encadrer la formation des soldats afghans. Une province du Sud contrôlée au deux tiers par les talibans qui menacent désormais la capitale régionale Lashkar-Gah. C’est aussi la province du pavot.

Récolte l'opium près Kandahar Afghanistan
Les nouvelles pratiques culturales permettent jusqu'à trois récoltes de pavots par an  © afp/jawed Tanveer
 
Le pavot: la machine à cash
Or, la culture du pavot est l’autre grand échec de l’Occident. En 2001, l’idée était de détourner les paysans de cette culture lucrative qui finance la guerre. Sauf que la réalité économique et politique du pays a eu raison de la morale. Ainsi, en 2010, la culture du pavot rapportait quatre fois plus que le blé. Cela demande moins d’efforts et de temps, et les acheteurs (talibans ou chefs de guerre locaux) fournissent les graines et se chargent de la commercialisation. L’Afghanistan représente ainsi 90% de la production mondiale d’opium. Les revenus générés par la culture du pavot s’élèveraient à deux milliards de dollars annuels. Et sur ce chiffre, une infime partie revient aux agriculteurs.
 
L’échec diplomatique
Les Etats-Unis accusent à présent les Russes d’être les principaux fournisseurs d’armes des talibans. En visite à Kaboul, le général Jim Matthis, le nouveau chef du Pentagone, n’a pas démenti. Il a évoqué la nécessité d’engager un dialogue diplomatique avec la Russie. Mais il a parlé également de confrontation «là où elle agit à l’encontre du droit international».
 
La Russie a nié toute livraison d’armes. Mais contrairement à Washington, Moscou souhaite un dialogue avec les talibans.