Synthèse

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En Afrique du Sud, les fermiers blancs dénoncent «le génocide» qu'ils subiraient

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 01/11/2017 à 17H01

Manifestation fermiers blancs
Manifestation des fermiers blancs devant le monument des pionniers boers, le Voortrekker Monument de Pretoria, le 30 octobre 2017.

Les fermiers blancs d’Afrique du Sud ont manifesté récemment pour dénoncer les violences visant leur communauté. Selon leurs représentants, des centaines d’entre eux ont été assassinés ces dernières années. Ils accusent le gouvernement de minimiser les faits. La polémique est vive, les fermiers n’hésitant pas à parler de génocide.


Ce jour-là ils étaient vêtus de noir, en signe de deuil. Des milliers de fermiers ont bloqué des routes, manifesté dans plusieurs villes du pays dont Pretoria, le Cap et Johannesburg. A Pretoria, ce fameux #Blackmonday (lundi 30 octobre 2017), les manifestants ont prié sur le site très symbolique du Voortrekker Monument érigé en l’honneur des pionniers boers.
 
Le mouvement Afriforum, qui coordonne les actions des fermiers, prétend que 72 d’entre eux ont été tués cette année. Et c’est le meurtre, une semaine avant, de deux fermiers à Klapmuts, une ville de la région du Cap, qui a motivé la manifestation. Et le jour même du rassemblement, un autre fermier était tué dans la province du Natal.

 
Le choix du lieu de la manifestation, le Voortrekker Monument, n’est pas anodin. Les manifestants soufflent sur des braises encore chaudes, 23 ans après l’élection de Nelson Mandela, le premier président noir d’Afrique du Sud. Les tensions raciales restent fortes. Aussi, dans les rangs des fermiers, certains n’ont pas hésité à parler de «white genocide», génocide blanc.

«Dans la communauté des fermiers blancs, il y a une aile d’extrême-droite qui pense que ces meurtres sont orchestrés», estime Gareth Newham, un spécialiste sud-africain des affaires de sécurité. «Ils ont totalement politisé l’affaire, et estiment qu’ils sont les seuls visés, or c’est une erreur.» Cette communauté accuse également le gouvernement (noir) de minimiser les faits, et de laisser courir les meurtriers.

Les victimes sont surtout noires
En écho, les statistiques des services de la police viennent prouver que la violence concerne tout le monde en Afrique du Sud. Entre 2015 et 2016, 19.000 meurtres ont été commis dans le pays. «Et ceux qui ont le plus de chance d’être tués sont de jeunes hommes noirs» explique Gareth Newham à Al-Jazeera.
 
Un autre observateur indépendant, Johan Burger, met en garde sur le fait que les fermiers blancs ne sont pas les seuls tués durant ces attaques. «Certes ce sont des fermiers blancs qui sont attaqués en majorité. Mais il y a aussi des attaques sur les fermiers et des travailleurs noirs.»

Pourtant, les manifestants ne s’embarrassent pas de ces subtilités. Ils préfèrent forcer le trait et porter le débat sur le plan racial. «Ne tuez pas la main qui vous nourrit», clamaient des pancartes. Et certains fermiers n’ont pas hésité à ressortir le drapeau national du temps de l’apartheid.
 
La question de la redistribution des terres est un dossier qui divise le pays. La population blanche représente 8,9% des habitants, mais possède 73% des terres agricoles. Elle craint que, comme au Zimbabwe voisin, leurs terres soient saisies. «Et ce ne sont pas les partisans de cette solution qui manquent en Afrique du Sud», écrivait Géopolis en 2015.

Au-delà de ces dossiers, il y a aussi l'effondrement du mythe de la «nation arc-en-ciel» chére à Nelson Mandela. Ainsi, un fait divers sordide a récemment défrayé la chronique. En août 2017, deux Blancs ont été condamnés pour avoir tenté d'enfermer vivant un jeune Noir dans un cercueil. A l'époque déjà, les deux hommes entendaient venger les fermiers blancs assassinés.