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Economie,  Afrique

En Afrique, qui tient les ports tient le commerce

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 25/04/2018 à 17H41, mis à jour le 25/04/2018 à 17H41

Terminal à conteneurs d'Abidjan
Abidjan, premier port d'Afrique de l'Ouest. © Port autonome d'Abidjan

La garde à vue de Vincent Bolloré dans une affaire de corruption potentielle illustre l’importance économique et politique du commerce portuaire sur le continent africain. Des pays agrandissent leurs terminaux, d’autres font appel à des gestionnaires internationaux, quitte à remercier les entreprises en charge. L’avenir du commerce maritime semble radieux et attise les convoitises.


Bolloré n’est pas le seul géant du secteur de la gestion portuaire en Afrique. C’est une activité très concurrentielle, à la hauteur de l’enjeu. 92% des échanges commerciaux du continent se font par voie d’eau. Et de nouveaux acteurs ont fait leur apparition: Chine, Inde, Brésil. Ainsi, les échanges avec la Chine ont été multipliés par dix en dix ans. «Contrôler les ports, c'est donc contrôler le commerce africain», écrit RFI.
 
Le groupe Bolloré Africa Logistics gère directement les terminaux de dix ports d’Afrique de l’Ouest. Il intervient également en cogestion dans 16 autres ports du continent. Un de ses concurrents, Jacques Dupuydauby, celui-là même qui l’attaque en justice, raconte son éviction du port de Lomé. «L’armée est intervenue, nous a expulsés (les dirigeants)». «Bolloré a pris possession de notre personnel, de nos installations… et nous a remplacés», explique l’homme à France 3.
 
Conteneurs, ton univers impitoyable!
Mais en fait, hormis l’intervention d’hommes en armes, le changement d’opérateur se gère toujours de la sorte. Ce fut le cas notamment à Djibouti, où le remplacement de l’opérateur a récemment défrayé la chronique. Le gouvernement de Djibouti a éjecté l’opérateur DP World, a saisi le matériel et réquisitionné le personnel pour poursuivre l’activité. Quant à l’éviction de l’émirati, il était justifié par un manque d’efficacité. Le volume annuel n’aurait pas dépassé la moitié du trafic projeté, selon le gouvernement de Djibouti.
 


Exclu de Djibouti, DP World l’avait en revanche emporté au Sénégal en 2007, et pas contre n’importe qui puisque le concurrent était Bolloré. Un revers sérieux pour le français, présent à Dakar depuis 1926. Mais depuis, Bolloré est revenu dans le port sénégalais en récupérant la gestion du terminal roulier.

DP World gère encore d’autres ports sur la mer Rouge. Berbera dans le Somaliland, Jeddah en Arabie Saoudite, Sokhna en Egypte. Depuis 2009, la société émiratie gère également le port d’Alger.
 
La Chine encore et toujours
Les investisseurs chinois ont un pied dans la gestion du port de Djibouti. Ils ont des vues également sur celui de Maputo, au Mozambique. Une enveloppe de 750 millions de dollars pour construire un pont et agrandir l’infrastructure portuaire. Ils visent ainsi tout l’interland régional. Afrique du Sud, Swaziland, Zimbabwe…
 
A Durban, en Afrique du Sud, on parle également de projet pharaonique. Ici aussi, un nouveau terminal à conteneur va prochainement voir le jour afin de répondre à l’expansion du trafic de 8% par an. 6 milliards d’euros seront investis pour aménager un espace portuaire de plus de 400 hectares.

Partout on mise sur une explosion du trafic maritime, incontournable sur le continent africain. Géré par Bolloré, le port de Cotonou a vu son trafic passer de 1400 navires en 2013, à plus de 2000 l’année d’après. Les volumes ont suivi à 9 millions de tonnes, en hausse de 15%. Une bonne affaire pour le pays et le gestionnaire du port.

Quant aux revenus dégagés ils sont conséquents. En 2015, le port d’Abidjan, le premier d’Afrique de l’Ouest, a généré un chiffre d’affaires de près de 80 milliards de francs CFA (122 millions d’euros). Un tiers est assuré par les redevances sur les marchandises.