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Société,  Afrique

Afrique: se faire opérer tue deux fois plus qu'ailleurs, mais ne pas le faire tue sans doute plus encore

Par Catherine Le Brech@GeopolisAfrique | Publié le 04/01/2018 à 15H59, mis à jour le 05/01/2018 à 09H26

Dans salle d'opération l'hôpital Sotouboua au Togo.
Dans la salle d'opération de l'hôpital Sotouboua au Togo, le 8 août 2017. © GODONG / BSIP

Le taux de mortalité lors des opérations chirurgicales est deux fois plus élevé en Afrique qu'en moyenne dans le monde. C’est ce qui ressort d’une étude publiée le 3 janvier 2018 par la revue médicale «The Lancet», selon laquelle «les complications péri-opératoires représentent un fardeau de santé global important» sur le continent.


D'après les auteurs de cette étude, «près d'un patient sur cinq en Afrique a des complications après une opération».
 
En théorie, les résultats de l’étude montrent que la mortalité pourrait y être moins élevée qu'ailleurs, car les patients sont plus jeunes et les interventions moins lourdes. Pourtant, à chiffres comparables, à savoir dans la chirurgie non urgente, la mortalité atteint 1% sur le continent, contre 0,5% dans le monde.
 
Une recherche dans 25 pays
Ce vaste travail a été réalisé par 30 chercheurs qui ont étudié quelque 11.422 patients de plus de 18 ans ayant subi une chirurgie hospitalière dans 247 hôpitaux de 25 pays d'Afrique.
 
Les patients avaient un âge moyen de 38,5 ans avec un profil à risque plus faible que dans les pays à revenus élevés. 11% d’entre eux étaient infectés par le VIH, tandis que 57% des prises en charge étaient urgentes ou émergentes, la plus courante concernant les accouchements par césarienne dans 33% des cas.
 
Au total, 18,2% ont connu des complications, et parmi eux presque un sur dix en est mort.
 
Améliorer la surveillance
L'étude du Lancet montre «qu'une pénurie de main-d’œuvre et de ressources aboutissent à une chirurgie moins sûre dans la région. Pour améliorer ces résultats, elle appelle à une amélioration de la surveillance des patients pendant et juste après leur opération».
 
Ainsi, selon son principal auteur, le Sud-Africain Bruce Biccard, de l'hôpital Groote Schuur au Cap, «beaucoup de vies pourraient être sauvées par un suivi efficace des patients. (...) Le résultat des opérations restera mauvais tant que le problème du manque de ressources ne sera pas réglé.»
 
Pas assez d’actes chirurgicaux
D'autres experts se sont dits encore plus inquiets face à d'autres chiffres montrant le besoin non satisfait d’actes chirurgicaux en Afrique.
 
Il n’y a que 212 opérations pour 100.000 habitants par an sur le continent africain, «20 fois moins» que nécessaire pour couvrir les besoins vitaux d'une population, ont aussi relevé trois chercheurs. Il existe 0,7 chirurgiens, obstétriciens et anesthésistes… pour 100.000 habitants, loin des 20 à 40 qui seraient recommandés.
 
En conclusion, selon l’étude, si les patients meurent trop souvent après un passage au bloc opératoire, «l'absence de chirurgie en Afrique représente un tueur silencieux qui fait probablement plus de victimes»...