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En Espagne, l'incertitude commence à peser plus d'un mois après les législatives

Par Pierre Magnan@GeopolisFTV | Publié le 26/01/2016 à 08H20, mis à jour le 26/01/2016 à 08H25

Le roi Felipe VI Pablo Iglesias
Le roi Felipe VI avec le leader du parti de la gauche anti-austérité Podemos, Pablo Iglesias. Le roi mène des consultations avec tous les leaders politiques pour nommer un premier ministre, en charge de former un gouvernement © ANGEL DIAZ / EFE / AFP

Comme au Portugal, la droite a perdu sa majorité lors des législatives. Mais à la différence du Portugal, l'Espagne n'a toujours pas de gouvernement. Plus d'un mois après les élections, les incertitudes sur la formation d'une coalition capable de gouverner commencent à inquiéter. Notamment dans les milieux économiques.

«Non seulement je n’ai pas une majorité de vote en ma faveur, mais j’ai une majorité absolue contre moi»… Par ces mots, Mariano Rajoy, le premier ministre conservateur sortant, a transféré la responsabilité de composer le prochain gouvernement espagnol à la gauche, et notamment aux socialistes du PSOE, qui doivent pour cela trouver une alliance difficile avec notamment Podemos.

Le PP, au pouvoir, devrait donc céder la place à une alliance de gauche... si celle-ci arrive à se constituer. Arrivé en tête, le parti de Rajoy, qui n'a pas de majorité, a donc décidé de laisser sa place... sans toutefois renoncer à briguer le poste, se gardant en réserve la possibilité de former une alliance avec...le PSOE.

Pas de référendum sur la Catalogne ? 
A défaut d’un gouvernement de droite, c’est donc l’idée d’un gouvernement de gauche réunissant les socialistes du PSOE, Podemos, et Izquierda Unida (communistes et alliés) qui tiendrait la corde. Le PSOE, Podemos et Unida comptent ensemble 161 sièges sur les 350 du Parlement, ce qui ne leur assure donc pas une majorité absolue. Pour franchir la barre des 176 élus, il leur faudrait composer avec les formations régionalistes du Pays basque et de Catalogne. Or, les indépendantistes de Catalogne veulent un référendum sur leur avenir. Idée qu’était prêt à défendre Podémos...mais dont ne veut pas entendre parler le PSOE.

Dernier rebondissement sur ce dossier, Podemos s'est déclaré prêt à abandonner ce projet de référendum. «L’unité de l’Espagne n’est pas négociable», avaient dit les socialistes. Pedro Sanchez, le leader socialiste, a refusé de céder à cette exigence de mettre en place un tel scrutin, au nom de son attachement à l’unité du pays.


Une grande alliance ?
Malgré la levée de cette divergence, l'entente est toujours loin d'être parfaite entre les nouveaux élus de Podemos et les cadres du vieux PSOE, même si dans ce parlement où de nombreux députés ont les cheveux longs et s'habillent en tshirt, le PS a aussi renouvelé 50% de ses élus. 

Le PSOE a en effet peu goûté les exigences de Podemos pour la formation d'un gouvernement de coalition. «Comme nous ne sommes pas très sûrs que les socialistes soient capables de mettre en pratique ce qu’ils disent, la meilleure garantie est que nous soyons dans le gouvernement», avait notamment affirmé M. Iglesias, rappelant ainsi que le PS, au pouvoir, avait lui aussi mené une politique d'austérité, avant son échec de 2012. «Il faut des personnes qui assurent la cohérence entre ce qui se dit et ce qui se fait», ajoute le leader de Podemos.

Le PSOE a parlé de «chantage» et de nombreux cadres socialistes ont peu apprécié que le parti de la gauche anti-austérité ait décidé de certains postes d'un futur gouvernement avant même que les états-majors politiques n'aient eu la moindre discussion. «C'est la première fois de ma vie que j'entends quelqu'un proposer un accord de gouvernement, qui insulte sérieusement le parti avec lequel il veut conclure un pacte», a dénoncé Alfredo Perez Rubalcaba, ancien dirigeant du PSOE.

Une tension qui illustre le fait qu'une partie du PSOE voit d'un mauvais oeil l'idée d'une alliance avec le parti anti-austérité même si lors des dernières élections locales, de nombreuses alliances -notamment à Madrid- ont pu voir le jour entre les deux partis. Un sondage montrerait que l'alliance entre les deux partis serait rejetée par une majorité d'Espagnols.


Incertitudes économiques
L'absence du gouvernement commence à peser. «Du point de vue des entreprises, ce qui nous intéresse c'est qu'il y ait un gouvernement solide, fort, de ceux qui affrontent les difficultés économiques», avait déjà plaidé à la mi-janvier le président de la puissante fédération patronale CEOE, Juan Rosell.

Alors que la croissance espagnole est l'une des plus dynamiques d'Europe, les incertitudes gouvernementales inquiètent. Les taux d'intérêt ont grimpé depuis les élections.  

«L'Espagne se finance plus cher que l'Italie alors que sa dette publique est inférieure et que sa croissance est meilleure», constate Jésus Castillo, économiste chez Natixis. Les mileux patronaux craignent aussi la remise en cause des reculs sociaux engagés par la droite.

La situation commence à paralyser les investissements, a averti le patron de BBVA, deuxième banque espagnole par la capitalisation. Un patron qui ne cache pas ses souhaits politiques en appelant de ses voeux une entente entre les «trois partis qui croient en la démocratie réelle, à l'économie de marché et à l'unité de l'Espagne», dans une allusion évidente aux partis conservateur (Parti  Populaire), socialiste (PSOE) et aux libéraux de Ciudadanos.

En cas d'échec des négociations entre les différents partis, les Espagnols pourraient retourner aux urnes.