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En lutte contre l’hépatite C, l’Egypte fait plier un laboratoire américain

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 11/09/2017 à 15H41

Des Egyptiens attendent devant centre prévention ambulant l'hépatite C
Des Egyptiens attendent devant un centre de prévention ambulant de l'hépatite C à 40 kilomètres à l'est du Caire le 3 août 2017. © KHALED DESOUKI / AFP

Très touchée par l’hépatite C, l’Egypte a réussi à mettre en place une politique publique de lutte contre le virus. Notamment en faisant baisser radicalement le coût d’un médicament mis au point par un laboratoire américain.


L’Egypte est le pays au monde le plus touché par le virus de l’hépatite C, transmissible par le sang, qui peut conduire à une cirrhose et à un cancer du foie. Jusqu’en 2014, 40.000 Egyptiens en mouraient chaque année. L’épidémie avait été déclenchée dans les années 50 en raison d’un programme national de vaccinations massives avec des seringues non stérilisées.

«Ce réservoir d’infection s’est maintenu (…) en raison de l’absence de prise de conscience et d’efforts de lutte contre sa propagation», explique la Dr Manal Hamdy al-Sayed, du Comité national égyptien de l’hépatite viral, cité par un article publié sur le site de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Conséquence: «Quasiment toutes les familles sont touchées», assure le représentant au Caire de l'OMS, dans un rapport rédigé en 2014. On constate 165.000 nouveaux cas par an. Et un habitant sur 10, âgé de 15 à 59 ans, est infecté.

Mais dans les années 2000, les autorités ont mis au point un programme public pour lutter contre le virus. Dans ce cadre, des enquêtes sont menées sur la propagation de l’épidémie. 26 centres spécialisés ont été mis en place. Ce qui a permis de traiter 350.000 personnes entre 2008 et 2014, rapporte l’OMS. L’organisation onusienne a aidé le gouvernement à mettre sur pied un système de collecte de données sur la maladie.

Une soignante examine patient en Egypte 3 août 2017

Une soignante examine un patient en Egypte le 3 août 2017, dans le cadre de la lutte contre l'hépatite C. © KHALED DESOUKI / AFP


Négociations avec un labo
Dans le même temps, le pays a négocié avec le laboratoire américain Gilead. Lequel a développé le Sovaldi, un traitement approuvé par le FDA, Agence américaine des produits alimentaires et des médicaments en 2013. Un traitement qui permet de guérir un malade en trois mois. Prix de départ: 1000 dollars le comprimé.

Dans un premier temps, Le Caire refuse de reconnaître le brevet. Puis un accord est conclu entre les deux parties en juillet 2014. Confronté à de nombreuses critiques, Gilead propose à l’Egypte de lui livrer le médicament à un prix de… 99% inférieur à celui auquel il est vendu aux Etats-Unis: 84.000 dollars!  Selon le Financial Times, le labo aurait notamment accepté cette baisse en raison du nombre considérable d'Egyptiens malades: il était ainsi sûr d'écouler une quantité importante de produits. Dans le même temps, «le système mis en place par les autorités (...) garantissait que le médicament ne serait pas vendu illégalement à d'autres marchés», ajoute le quotidien économique.

L’année suivante, Le Caire lance la production du Sovaldi sur son propre sol, réduisant le prix du traitement à 70 euros.

Résultat: avec ce nouveau traitement, «nous n'avons plus peur» de l'hépatite C, explique un observateur égyptien. Qui dit cependant s'inquiéter d'une chose: le fait que «des malades n'ont pas conscience d'être infectés». Selon lui, le gouvernement est en effet à la recherche de trois millions d'Egyptiens qui seraient porteurs du virus sans le savoir.

Dans ce contexte, une société égyptienne, Tour N'Cure, a su profiter du bas prix du traitement pour… attirer les patients venant de pays où le médicament reste inabordable. Pour 7000 dollars (environ 5900 euros), elle offre le vol, un séjour d'une semaine, des tests sanguins et un traitement. Et même cinq jours consacrés au tourisme au pays des Pharaons.