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Ukraine,  Europe

En Ukraine, les banques zombies menacent l’économie

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 13/12/2016 à 17H45

Kiev sous neige
La faible reprise de l'économie ukrainienne menacée par l'état des banques nationales. © AFP

Leur surnom pose le décor. De nombreuses banques ukrainiennes devraient être fermées, tant elles sont incapables de résister à un retrait massif des avoirs. Mortes donc, mais étrangement maintenues en activité grâce à une justice peu regardante. Le FMI s’en agace et ferme le robinet à subventions.


La Banque centrale ukrainienne a mené récemment des tests de résistance des banques du pays. Résultat, sur 39 établissements, 28 n’avaient pas assez de liquidités pour passer une crise, c'est-à-dire rembourser les clients. Ces banques ont moins d’actifs que les prêts accordés. Des prêts qui ne seront probablement pas remboursés, de toute façon. Pour continuer de fonctionner, elles ont besoin du soutien des pouvoirs publics.
 
Plus grave encore, les décisions de la Banque centrale d’interdire certains établissements sont battues en brèche par les tribunaux. Ainsi, neuf banques ont été autorisées à poursuivre leur activité. «Réssuscitées», dénonce Oleg Zamorski, un dirigeant de la Banque centrale. «Cela saborde nos efforts visant à assainir le système bancaire ukrainien et nettoyer le secteur des banques zombies et des banques qui ne sont rien d'autre que des déchets», a-t-il précisé dans un communiqué.
 
Corruption
Un risque de krach bancaire, entretenu par des juges corrompus, accuse la Banque centrale ukrainienne. Il est vrai que les exemples de corruption ne manquent pas dans le pays. Le 29 mars 2016, l’Assemblée nationale votait la destitution du procureur général, Viktor Chokine. Un proche du pouvoir qui avait pris quelques libertés avec la morale. Quelques mois plus tôt, deux de ses collaborateurs avaient été inquiétés. A leurs domiciles, les enquêteurs avaient trouvé des armes, des pierres précieuses et 400.000 dollars en liquide. Beaucoup pour des magistrats!
 
Mais le choix de Iouri Loutsenko, un ami proche, pour succéder au procureur limogé fait planer des doutes sur les réelles intensions du président Porochenko. «La plupart des juges ainsi que le bureau du procureur général sont contrôlés par les oligarques. Ils rendent service à la corruption plutôt que de la contrer»expliquait à France 24 Iegor Sobolev, un élu de l’opposition, au moment de cette nomination.
 
Les Occidentaux s’impatientent
Face à cette incurie, les Occidentaux tapent du poing sur la table. Le FMI a même refusé de verser une tranche de 1,3 milliard de dollars prévue dans le plan de sauvetage du pays accordé en 2015. Parmi les conditions posées au versement, il y a la recapitalisation de douze banques en difficultés, dont la première du pays, la PrivatBank. Celle-ci est proche de la banqueroute, ce qui plomberait tout le système bancaire du pays.
 
Le pays connaît une fragile embellie après ces deux années de crise. La chute des banques pourrait compromettre cette reprise de l’économie.