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Erdogan aura-t-il la peau des écoles Gülen d'Afrique?

Par Dominique Cettour Rose@GeopolisAfrique | Publié le 26/09/2017 à 17H43, mis à jour le 26/09/2017 à 17H59

Des élèves d'une école primaire Togo à Lomé.
Dans une école primaire du Togo, à Lomé. © GODONG / BSIP

Toutes les écoles gülénistes implantées sur le continent africain sont menacées de fermeture. Ce qui compromet la rentrée des classes 2017-2018 pour des centaines d'élèves. La mesure émane du président turc Erdogan qui vise le prédicateur Fetulah Gülen, exilé aux Etats-Unis, qu'il accuse ouvertement d’avoir fomenté le coup d’Etat manqué du 15 juillet 2016 en Turquie.


Au fil des années, les écoles privées gérées par le mouvement Hizmet («le service» en turc) de Fethullah Gülen se sont forgées une image d'excellence, en Asie comme en Afrique. Au Sénégal, les parents des quelque 3.000 élèves des écoles Yevuz Selim, affiliées à la confrérie Gülen, ne savaient toujours pas à quelques jours de la rentrée scolaire dans quelle école inscrire leurs enfants.

Même situation en Guinée ou au Mali, où 3.000 enfants vont être privés de rentrée, ce qui a déclenché une bronca de parents d'élèves à Bamako. Ils s'opposent à ce que la fondation Maarif reprenne la gestion de toutes les écoles turques du réseau Horizon. «Il ne s'agit pas d'une affaire d'individus mais d'une affaire de coopération entre deux Etats souverains», a dû s'expliquer le ministre de l'Education devant le Parlement, sans grand succès.


La fronde entre Fetullah Gülen et Erdogan s'est également exportée en Côte d'Ivoire où le groupe gülleniste Safak international a été remplacé par le groupe scolaire international Le Méridien. Mais pour les parents d’élèves de l’école, cette femeture s'apparente à un scandale. «En quoi cette école gêne-t-elle la coopération ivoiro-turque?», se sont-ils interrogés. «Les élèves ne connaissent pas même pas Fethullah. Toutes ses écoles,qui prônent l’éducation et la cohésion entre les religions, n’enseignent pas la religion musulmane, encore moins le terrorisme», ont-ils affirmé s'opposant à cette reprise en main du pouvoir turc.

Dans des pays anglophones, comme l’Afrique du Sud, le Ghana, le Nigeria et le Liberia, des établissements menacés de fermeture ont refusé le diktat du président turc, selon NewsAbidjan.net.

«L’école avant la mosquée» 
Le réseau güléniste compte plus d'une centaine d'écoles dans une trentaine de pays africains, selon le site marocain Le360afrique.com. Le mouvement d’inspiration soufie, fondé dans les années 70 par Gülen, donne la priorité à l’éducation, avec un crédo: «L’école avant la mosquée.»

En 2014, des estimations évaluaient à 2.000 ces établissements éducatifs, essentiellement des lycées de très bon niveau, présents dans 140 pays. Particulièrement bien implantée aux Etats-Unis, en Afrique ou en Asie centrale, la confrérie Gülen profite d'un réseau tentaculaire dans le système éducatif qui sert sa stratégie. Une nouvelle élite turcophile émerge de ces établissements loués pour leur rigueur morale et la qualité de leur enseignement.