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Erythrée : l’enfer du service militaire à durée indéterminée

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 04/12/2015 à 09H36, mis à jour le 30/05/2017 à 18H30

Défilé militaire à Asmara
Défilé de jeunes soldats erythréens à Asmara, le 24 mai 2007. © Photo Reuters/Jack Kimball

Après les Syriens et les Afghans, les Erythréens arrivent en troisième position parmi les réfugiés qui tentent de gagner l’Europe. De nombreux jeunes fuient le service militaire à durée indéterminée qui a fini par créer «une génération de réfugiés», dénonce Amnesty International.


Officiellement, le service militaire est limité à 18 mois. Mais le pouvoir en place à Asmara estime qu’il doit pouvoir compter sur sa population en cas de guerre.
«Cela peut durer des décennies», indique Michèle Kagari, directrice régionale adjointe d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est.
 
Pendant leur service militaire, les familles sont séparées. Les appelés sont des garçons et des filles, dont certains ont à peine 16 ans. Ils sont soumis à un service national qui s’apparente souvent à du travail forcé, accuse Michèle Kagari. Les conscrits ne se voient pas toujours assigner des tâches militaires. Beaucoup sont affectés à des missions civiles, comme l’agriculture et la construction. Avec un salaire de 40 à 50 euros par mois.
 
Cellules souterraines ou conteneurs pour les résistants
Amnesty International apporte un nouvel éclairage sur les méthodes brutales dont se sert l’armée contre ceux qui tentent d’y échapper. «Les personnes qui tentent d’échapper au service national sont détenues dans des conditions déplorables et souvent placées dans des cellules souterraines ou dans des conteneurs» écrit l'ONG dans un rapport publié fin 2015.
 
Et s’ils ne sont pas retrouvés, des membres de leurs familles sont incarcérés à leur place, «avec le risque d’y disparaître à jamais», affirme Amnesty qui a dénoncé en 2013 un système pénitentiaire d’une cruauté inimaginable : «Dans la grande majorité des cas, écrit Amnesty, les familles de prisonniers ne sont pas informées du lieu où ceux-ci se trouvent, et restent bien souvent sans nouvelles de leurs proches.» De nombreux morts en détention à la suite d’actes de torture ou de suicides ont été signalés à l’organisation.
 
Plusieurs des personnes interrogées par Amnesty ont indiqué qu’elles avaient passé 10 ou 15 ans sous les drapeaux avant de fuir le pays.
 

Réfugiés érythréens soudanais

Des réfugiés érythréens et soudanais arrivés à Saint Ludovic (Italie), le 16 juin 2015, après avoir traversé la Méditerranée. © Photo Reuters/Jean Pierre Amet


Fuir pour sauver sa peau
Selon une commission d’enquête des Nations Unies, ils sont 5000 chaque mois à fuir l’Erythrée pour échapper à la répression du pouvoir. Un véritable exode des jeunes. Des mineurs se rendent à pied dans d’autres pays, seuls et souvent sans en informer leurs parents. Ils craignent de devoir consacrer leur vie à un travail forcé.
 
C’est la troisième population, après les réfugiés syriens et afghans, à tenter de gagner l’Europe. «La situation des appelés en Erythrée est désespérée et dément les affirmations de certains pays hôtes, selon lesquels, la plupart des Erythréens se présentant à leurs frontières sont des migrants économiques», indique Michelle Kagari d’Amnesty International.
 
L’organisation demande à tous les Etats de reconnaître ce système comme une violation des droits humains. Et de ne pas refouler les Erythréens qui fuient pour sauver leur vie.