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Esclavage en Libye: «La responsabilité incombe d’abord aux Africains»

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 24/11/2017 à 17H36

Manifestation migrants subsahariens à Rabat Maroc
Des migrajnts subsahariens manifestent à Rabat (Maroc), le 23 novembre 2017, contre l'esclavage en Libye. © Photo AFP/Fadel Senna

Après la découverte d’un marché aux esclaves à Tripoli, en Libye, de nombreuses voix s’élèvent sur le continent pour appeler les dirigeants africains à faire leur examen de conscience. C’est notre responsabilité, tranche le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat.


Comment est-ce-possible ? Comment imaginer qu’au 21e siècle, on puisse assister à ce genre de commerce abject? Le président de la commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, ne décolère pas.

Invité par notre confrère Christophe Boisbouvier sur l’antenne de RFI, Moussa Faki reconnaît d’emblée que la Libye a cessé d’être un Etat. Que ce pays est tombé entre les mains de milices criminelles et de trafiquants de tout genre.

Mais ce constat ne suffit pas, à ses yeux, pour expliquer pourquoi des milliers de jeunes Africains se sont retrouvés piégés et vendus comme de la marchandise. Il faut, dit-il, que les Africains interrogent leur conscience.

«La responsabilité est d’abord celle des Etats africains. Nous-mêmes. J’en appelle à notre prise de conscience de la gravité de cette situation. Dans nos pays, il faut faire en sorte que ces jeunes ne quittent pas le pays… Que les gens ne se ruent pas en Libye pour chercher à traverser la méditerranée. Il faut s’attaquer aux racines, par le développement, par des projets concrets» en faveur de la jeunesse.

«A quoi servent ces prétendus présidents?»
Ils sont nombreux à s’interroger sur les défaillances d’un continent qui n’arrive pas à retenir ses enfants et à leur fournir les conditions de leur épanouissement.
Pour l’ancien ministre sénégalais chargé des Affaires religieuses, Mamadou Bamba Ndiaye, le comportement des dirigeants africains est pire que celui des gens qui vendent les migrants africains.

«Imaginez-vous que Donald Trump puisse dormir s’il apprenait qu’un citoyen américain était détenu quelque part, il ne l’accepterait pas. Le président Français Emmanuel Macron non plus. Alors pourquoi les gouvernements africains ne se soucient pas de leurs citoyens? Je me demande même à quoi ils servent ces prétendus présidents?», s’interroge Mamadou Bamba Ndiaye sur le site d'information sénégalais Xalimasn.com.

Cette question embarrassante revient sans cesse parmi la multitude de réactions sur le calvaire des migrants noirs vendus comme esclaves en Libye. Ainsi, sur le site de Médiapart, le blogueur Abdou Rahmane souligne le gouffre qui sépare aujourd’hui les peuples du continent et leurs dirigeants.

«Les tweets de condamnation lamentables et honteux que certains d’entre eux ont publié sur les réseaux sociaux en guise de réaction en disent long sur leur impuissance pour défendre les intérêts de leurs nations et protéger leurs ressortissants», constate-t-il. Il leur demande ce qu’ils attendent pour proposer une opération militaire destinée à mettre un terme à cet inadmissible crime contre l’humanité en Libye.

Alain Mabanckou

L'écrivain franco-congolais Alain Mabanckou fustige «ces autocrates africains qui feignent de s'indigner» du sort réservé aux migrants africains en Libye. ©


Ils prennent leurs populations «pour de la marchandise»
Des dirigeants africains pointés du doigt par l’écrivain congolais Alain Mabanckou. Il leur reproche de contraindre leurs peuples à choisir entre la peste et le choléra.

«S’il y a un point de départ dans l’éradication de ces comportements primitifs, c’est sans doute le mode de fonctionnement de nos Etats à la tête desquels les dictateurs prennent leurs populations pour de la marchandise… La question immédiate est désormais de se demander jusqu’à quand l’Occident continuera à nourrir ces autocrates africains et leurs complices qui feignent de s’indigner ces derniers temps», écrit Alain Mabanckou dans une tribune qu’il a signée dans le journal Le Point.