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Esclavage en Libye: les pays africains rapatrient leurs ressortissants

Par Falila Gbadamassi avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 01/12/2017 à 17H11

En Libye migrants attendent être rapatriés vers leur pays
En Libye, en Tripoli, des migrants attendent d'être rapatriés vers leur pays le 28 novembre 2017 dans le cadre d'un programme coordonné par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).  © MAHMUD TURKIA / AFP

Une certitude: les migrants africains en Libye qui le souhaitent, pourront regagner leur pays. Certains Etats ont déjà commencé à évacuer leurs ressortissants. Dans un mouvement plus large, selon l'Union africaine, 3.800 seront évacués dans les prochains jours. Mais la question du rapatriement reste complexe pour plusieurs raisons.

 
Plusieurs pays africains ont commencé à rapatrier leurs ressortissants pris au piège en Libye depuis la diffusion du reportage de CNN sur la vente de migrants. La Côte d'Ivoire, le Nigeria ou encore le Ghana ont entamé un mouvement qui va prendre de l'ampleur après le sommet Union européenne (UE) - Union africaine (UA) qui s'est tenu les 29 et 30 novembre à Abidjan, en Côte d'Ivoire. 

A la demande de la France, une réunion d'urgence s'est déroulée dans la soirée du 29 novembre 2017, en marge du sommet UE-UA, en présence de représentants de l'UE, de l'UA, de l'Onu, du Tchad, du Niger, du Maroc, du Congo et de la Libye.

L'UE, l'UA et les Nations unies se sont, à cette occasion, notamment mises d'accord sur un soutien accru à l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour «aider au retour de tous les Africains et Africaines qui le souhaitent vers leur pays d'origine», et sur la mise en place d'une «task force» visant à démanteler les réseaux de passeurs.  

En attendant, quelque 3.800 personnes vont être rapatriées d'urgence dans les prochains jours grâce notamment à des avions affrêtés par le Maroc, a annoncé le 30 novembre 2017 Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l'Union africaine (UA). Il a souligné qu'il s'agissait là des seuls migrants se trouvant dans un camp près de Tripoli, la zone la plus facile d'accès. Et ce alors que la Libye est ravagée par des guerres intestines, et infestée de groupes armés aux buts politiques, religieux ou simplement crapuleux. 

«Entre 400.000 et 700.000» migrants africains en Libye
Moussa Faki estime que le nombre des migrants est compris «entre 400.000 et 700.000» : une fourchette, allant du simple au double, qui en dit long sur le flou qui entoure la mission que se sont donnés les dirigeants africains et européens à Abidjan. «Le gouvernement libyen nous a dit qu'il y a 42 camps. Certainement, il y en a plus que cela», a précisé Moussa Faki. 
 
Selon les dernières statistiques de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), 15.000 migrants croupissent dans des centres de rétention officieusement contrôlés par le gouvernement d'union nationale libyen (GNA). La plupart de ces centres sont en effet contrôlés par des milices loyales au GNA. 
 
Des milliers de migrants sont emprisonnés dans des centres en dehors de tout contrôle, que ce soit des autorités libyennes ou des organisations internationales. Certains de ces lieux de détention «illégaux» sont tenus par des groupes qui enlèvent les migrants dans les villes et les torturent avant de téléphoner aux familles sommées de payer des rançons.

Ce trafic est devenu un commerce lucratif pour plusieurs milices qui ont mis en place un réseau bien organisé avec des ramifications dans des pays africains pour le transfert des fonds. C'est aussi dans ces centres qu'on «vend» les migrants.  


Rapatrier pour vider les camps
Mais il faut d'abord commencer par rapatrier ceux qui sont dans les camps faciles d'accès, souligne-t-on à l'UA. «Vider les camps est une avancée positive (...), je crois que cela aura aussi un impact sur l'esclavage», estime William Lacy Swing, le directeur de l'OIM. Il souligne que 13.600 migrants en difficulté ont déjà été rapatriés en 2017. 
 
Son directeur Europe Eugenio Ambrosi estime que le rapatriement des 15.000 migrants internés dans des camps du GNA pourrait se faire en «six semaines à deux mois». A une condition cependant: «Les pays d'où ils viennent (doivent fournir) les documents nécessaires».
 
C'est justement l'un des casse-têtes du dossier. Concrètement, il faut que les pays concernés envoient des émissaires qui identifient leurs ressortissants, leur fournissent des papiers avant qu'on puisse les rapatrier. Le rapatriement se faisant sur la base du volontariat.