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Esclavage en Libye: un thème qui dégénère sur Twitter

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 21/11/2017 à 11H39, mis à jour le 21/11/2017 à 13H24

Esclavage en terre libyenne gravure publiée en 1911 dans «Le Petit Journal»
Le marché aux esclaves de Tripoli (Libye). Gravure publiée dans «Le Petit Journal», le 15 octobre 1911.  © Leemage

Les images de CNN confirmant la situation des migrants en Libye et notamment des cas d'esclavage a provoqué une vague d’indignation dans le monde. Elle a aussi fait réagir les réseaux sociaux. Sur Twitter, au-delà de la condamnation, trois types de réactions dominent: la mise en cause de l’Europe, les réactions communautaires et la dénonciation d’une situation qui dépasse le cas libyen.


Les images confirmant les mauvais traitements infligés aux migrants en Libye, et notamment celles de CNN du 15 novembre 2017 évoquant un marché aux esclaves, ont provoqué de nombreuses protestations. Lesquelles ont plus émané de la société civile que des Etats ou des institutions internationales.


En France, une manifestation a eu lieu à Paris samedi 18 novembre à l’appel d’une organisation inconnue issue de la société civile pour protester contre l’esclavage en Libye. Sur Twitter, la question a soulevé de nombreuses protestations, ce qui est logique, mais aussi des réactions plus politiques ou polémiques, que l’on peut classer en trois catégories.  

Une dénonciation de la politique européenne
Sur Twitter, l'Europe s'est rapidement retrouvée attaquée pour sa politique en Libye. Une double attaque puisque l'Europe est mise en cause pour avoir déstabilisé la Libye en renversant Kadhafi et pour sa politique migratoire qui bloquerait les migrants en terre libyenne... sans se préoccuper du sort de ces malheureux coincés dans ce pays sans Etat. 

Une intervention résume cette accusation. 

La situation créée en Libye par l'intervention internationale – destinée officiellement à sauver des vies et qui s'est terminée par le renversement et l'assassinat de Kadhafi – est rappelée. 


Même le peu démocratique président du Burundi met sur le dos de l'Europe ce qui se passe en Libye. 


Outre la situation créée en Libye, c'est la politique migratoire de l'Europe qui est pointée du doigt. En effet, si les migrants subissent cette situation, c'est parce qu'ils tentent de gagner par tous les moyens l'Europe. Ce que note l'ancien Premier ministre français Jean-Marc Ayrault. 

 

Même type de réaction de l'ancien Premier ministre belge Elio Di Rupo, socialiste lui aussi.


Réactions communautaires
Comme souvent sur Twitter, les débats prennent des connotations plus douteuses. Et très rapidement la question de l'esclavage a donné lieu à des rappels historiques plus ou moins maîtrisés et des oppositions entre diverses «communautés» –  Arabes, Noirs, Blancs –, chacune étant accusée d'être plus responsable de l'esclavage que l'autre...

De nombreuses attaques ont visé les Arabes comme pouvant être porteurs d'un certain racisme et apparaître favorables à certaines formes d'esclavage. L'attitude de plusieurs pays arabes est mise en cause. Et pas seulement les monarchies pétrolières. Une twitteuse égyptienne va dans ce sens. 


D'autres, bien sûr, rejettent ces attaques, en s'appuyant, par exemple, sur un article de Jeune Afrique, qui évoque l'esclavage au sein des pays africains.


Ce type de débat ne peut que dégénérer. Résultat: la guerre des mémoires fait rage et certains opposent l'esclavage européen (le commerce triangulaire) à celui des pays arabes ou africains. 


Et dans ce cas, l'extrême droite n'est jamais loin. Comme le montre le message du chantre du «grand remplacement». 


L'occasion donc de rappeler une page d'histoire tunisienne. La Tunisie a aboli en effet officiellement l'esclavage avant le France.


Esclavage: des exemples qui dépassent le cas libyen
Plus intéressant, beaucoup de twittos estiment que l'esclavage perdure dans de nombreux pays et que la Libye n'est pas le seul cas où il ferait son retour. Certains rappellent que des situations identiques existent ou ont pu exister récemment en Egypte, dans la péninsule du Sinaï, route empruntée par de nombreux migrants, érythréens notamment. 


D'autres élargissent encore les zones où l'esclavage peut exister.


La très sérieuse Agence France Presse a d'ailleurs publié une carte qui recense les cas d'esclavage dans le monde. Même si tous les cas sont loin d'être comparables.


Comme le dit Christine Taubira, «Mentalité archaïque, appât du gain, sexisme, racisme font le cocktail de l'esclavage et de toutes les traites des personnes.»